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Charivari, troisième (et dernière) séquence!

vendredi 29 août 2008

Réflexions philosophiques



Je vous raconte nos aventures et pépins avec humour et décontraction, mais… ça fait beaucoup de séquences « tripes nouées » en 8 jours, et la tentation de jeter l’éponge me prend parfois, au grand dam de Françoise. Elle a bien sûr raison. Mais ça n’empêche pas de se poser des questions : l’aventure sur la mer peut solliciter des ressources importantes à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, aussi bien au port qu’au mouillage (il n’y a que dans une marina que l’on peut « débrayer » : ce qui explique qu’elles soient si pleines !).



Et parfois on se fait peur à juste raison. Il faut donc à tout moment disposer d’une grande forme physique et morale (l’angoisse elle aussi épuise cette forme de ressource qui vous fait aller toujours plus loin). Or je constate que, à deux ou trois occasions cette semaine, nous avons touché nos limites.


Nous en parlons beaucoup ce soir. Et nous décidons de ne plus être obsédés par l’idée d’arriver quelque part (El Kantaoui) à une date donnée (fin octobre), mais d’avancer à notre rythme, quand on se sent bien et sans forcer, en prenant plaisir de profiter de l’endroit où nous avons jeté l’ancre (après tout, ici, avec la radio espagnole, on pourrait se croire déjà en Amérique du Sud !), et en étant encore plus sélectif sur la météo.


La météo ! C’est la grosse incertitude, et elle nous a piégés déjà. C’est plus l’état de la mer que la force du vent qu’il faut bien observer, comme me l’a appris notre mentor Thierry Dubois « pour traverser le Golfe de Gascogne, tu ne regardes pas que la météo prévue, tu regardes celle de la semaine passée, elle conditionne l’état de la mer et c’est le plus important »).


Mettant en application ces nouveaux principes, aujourd’hui il fait un temps magnifique, la mer semble belle… eh bien on ne s’est pas mis martel en tête : on bulle, d’abord pour récupérer de nos guignes passées, profiter de ce coin qui a malgré tout des charmes et regarder de loin ce qu’annonce la météo : « vent de Nord Est 3 à 5 parfois 6, mer agitée localement forte ». Nous pourrions passer avec Charivari. Nous préférons attendre.



On s’arrêtera pour hiverner dans 1 mois, ou dans 2 mois, là où nous serons arrivés. Et tout le programme est considéré comme révisable à partir de maintenant ! Un seul but : mettre du sud dans notre cap. Vous, chers lecteurs, ne vous attendez donc pas à lire la réplique des « 40èmes rugissants » de Moitessier : notre journal sera plutôt du genre « Trois hommes dans un bateau » du major Thomson !

Bises à toutes et à tous !

BTS de plongeur & mécano

Quelqu’un a écrit que partir faire un grand voyage en voilier ça n’est pas un loisir, c’est un métier.


C’est exact.


Hier donc, revenus à bord après avoir confié, dans un cyber-café de San Vincente, une tranche de nos mémoires à un vieil ordinateur qui ne parlait qu’espagnol, la série noire a servi la suite : au cours d’un changement de mouillage stratégique pour éviter l’échouage et pouvoir partir tôt le lendemain matin, notre hélice se prend dans un cordage. Moteur bloqué, on jette l’ancre en vrac. Une deuxième ancre est mouillée à l’arrière pour éviter de cogner deux bateaux fâcheusement proches et sagement mouillés sur coffre.


Hier c’était l’ascension du mât, ce matin visite sous la coque : muni de mes palmes, tuba, ceinture de plomb et brevet de plongeur de Niveau 1, je vais démêler et couper ce qui entrave l’hélice, et vérifier que mon ancre n’est pas prise dans les coffres de nos voisins. Tout est OK.
Je mets le moteur en route : inverseur bloqué… Noire série, quand tu nous tiens !




Nous avons passé la journée les mains dans le cambouis, privés de moteur et à surveiller avec angoisse la tenue de nos ancres, exposés à un vent fort et surtout à un courant impressionnant. Bien sûr, l’une des deux ancres a lâché, quittant son poste pour nous ramener piteusement un gros paquet d’algues. L’autre fut plus vaillante, le fil a tenu : sur le champ je la baptisai Damoclès, compte tenu de l’incertitude que nous eûmes tout l’après midi sur sa bonne tenue, et de l’angoisse assortie.




Finalement à 17 heures – fin de l’heure légale du boulot, vous noterez la conscience professionnelle – le moteur nous propulsait à nouveau (c’est finalement la manette des gaz qui s’était bloquée. Bien inspiré, j’en avais approvisionné une de rechange). Mais ce fut nerveusement fait !

Et mon marin a beaucoup appris en mécanique.

jeudi 28 août 2008

un petit nœud en huit… et une tête de nœud !

Ça n’est pas grand-chose un nœud en huit, même Chloé sait en faire (je crois). Eh bien il aura suffit d’oublier un nœud en huit au bout d’une écoute pour bien en baver… Je raconte !

Nous quittons donc Santander hier matin, ravis de l’escale : c’était beau, vivant, sympa, et le mouillage royal et calme. Cap sur San Vincente de la Barquera, petit port qui s’annonce plein de charmes, niché dans une ria dans laquelle on peut mouiller où bon nous semble.









Le temps est conforme à la météo : grand soleil et vent portant de 15 à 20 nœuds (force 5) comme prévu. Matinée de rêve, étape courte qui nous laissera le temps de profiter du site …

Pendant le repas – toujours complet et délicieux ! - le vent et la mer forcissent progressivement, mais je garde 1 ris et tout le génois car j’ai l’impression que le bateau supporte bien : il file 8 nœuds.

Vers 14 heures, malgré les recommandations de Françou, je n’ai pas réduit et décide d’empanner pour revenir sur le cap. Début de catastrophe : le génois embarque son écoute qui n’était pas arrêtée par ce fameux nœud en huit, et s’en va battre vigoureusement loin du bateau, emmêlant les deux écoutes en un sac de nœuds bien serrés. J’enroule ce que je peux du génois pour limiter les dégâts, mais il en reste 3 bons m2 qui battent sur l’étai en faisant une salade pas possible avec les écoutes emmêlées. Le bateau ne veut plus abattre et se met en travers de la vague, maintenant bien formée. Le vent est à 27 nœuds (début de force 7). C’est Popeye le moteur qui, rapidement réveillé, m’aide à retrouver une bonne assiette. On reprend la route vers San Vincente, à surfer plein vent arrière.

Deux heures plus tard, après avoir réussi à passer un petit cap à la limite de devoir empanner à nouveau (ce que je voulais éviter !) nous nous présentons à l’entrée de la ria, qui nous semble minuscule, et surtout être le point de convergence de tous les rouleaux qui nous dépassent en nous bousculant, comme pour se dépêcher d’organiser notre arrivée. Je repense à ce que dit le guide « entrée praticable à toute heure par mer peu agitée ». En plus la marée est basse et le chenal est dragué à 1m60. Pas un bateau dehors pour nous indiquer si la passe est praticable. Dérive remontée à moitié ça doit passer. De toute façon je ne nous vois pas enchaîner sur Gijon, à 60 milles de là. Et ça passe, spectaculairement : les rouleaux brisent sur les musoirs des enrochements du chenal, lèvent une sorte de barre avec le courant sortant, secouent une dernière fois, et puis… c’est le calme ! Ouf, que c’est bon.

Mais comme il arrive fréquemment, nous avions un ticket pour une série noire : je fais la deuxième bêtise de la journée, j’affale avant d’être nez dans le vent, la grand voile se coince dans un cordage de la lazzy jack et ne veut plus descendre. Je tire à le rompre et nous pouvons enfin déclarer le bateau au repos. Merci Charivari, tu auras bien pardonné mes erreurs. Pardon mon marin chéri pour ces peurs et parfois ces gros mots… Tu es exceptionnelle !

Car il faut vous dire qu’après, pendant la décompression et toutes les idées noires qui l’accompagnent, et quand on se découvre de multiples douleurs aux mains et aux genoux, mon marin a été un sacré remontant !

On s’échoue dans une zone caillouteuse pas très bonne pour la coque : Charivari grince un peu… Il doit me haïr aujourd’hui. Puis nous allons à terre : la petite baie est ravissante, elle assèche en grande partie et découvre un grand banc de sable. Nous nous dirigeons en annexe vers le vieux bourg. Hélas à part le petit ponton du port de plaisance, dont l’accès est fermé de grilles bardées de piquants, codes et clés, nous ne pouvons descendre à terre qu’en abordant des môles gluants et jonchés de détritus, sous l’œil goguenard d’une poignée d’oisifs. Nous optons pour un haut quai où s’amarrent les bateaux de pêche, et Françoise, qui a horreur de cela, doit monter à l’une de ces fameuses échelles de quai, rouillée et glissante à souhait. Le tour à terre ne révèle rien de magique, c’est un piège plein de touristes et restos hors de prix… Vite retournons à bord, la vue est plus belle de loin.

Ce matin je suis monté au mât pour réparer, assuré par mon marin qui ne m’a pas lâché dans le vide. Elle est sympa.
Demain, Gijon, grande étape : on se lève tôt… si la météo est douce ! On ne veut plus se faire peur !

mardi 26 août 2008

Cap à l’ouest

Après Hendaye, qui fut une belle étape, nous avons rejoint Bilbao. En route, nous avons reçu la visite de ce que nous pensons être un troupeau d’orques : une dizaine de gros bestiaux de 3 mètres environ, assez trapus (rien à voir avec un dauphin) couleur blanc sale et gris, avec un aileron dorsal assez impressionnant. Le premier est venu bondir hors de l’eau le long du bateau comme pour voir s’il y avait quelque chose à bouffer, puis s’est permis une visite sous la coque. J’ai mis Popeye (c’est le nom du moteur !) en marche furieuse, et les bestiaux surpris mais curieux on
continué à nous accompagner quelques minutes, mais de loin. J’avais lu des histoires de bateaux chavirés par des orques, qui parait-il, croient s’attaquer à des baleines endormies (leur truc, c’est de foncer dedans bille en tête pour les tuer…) : Nos visiteurs ont des excuses, Charivari vu de dessous tient la comparaison avec un cétacé.

Bilbao : j’aimais le nom, ça faisait exotique… Mais faute de pouvoir
gagner la ville facilement, l’escale ne présente aucun intérêt, le port étant avant tout une vaste zone industrielle… et nous en sommes partis rapidement ce matin sous un crachin très breton. Belle navigation vers Santander, mais sans vent…Nous longeons avec plaisir cette belle côte cantabrique, dont les reliefs sont grandioses en bord de mer. Mais les nuages aiment aussi : rejoindre un abri conduit
paradoxalement à quitter le beau temps sur mer et à plonger dans la brume et la pluie entre quelque cap (cabo) ou pointe (punta) abrupts et verdoyants, mais souvent noyés dans une purée de grain qui évoque les alpages suisses par mauvais temps.


Ce soir nous sommes mouillés à l’ancre dans l’entrée de l’estuaire de Santander, sous un beau château et son parc, devant une belle petite plage : nous avons boudé les 3 marinas de Santander, on est tellement mieux à l’ancre quand le cadre est beau. Tout est paisible, et nous avons une vue magnifique sur Santander illuminé. Nous y sommes d’ailleurs allés en annexe : en 10 minutes nous étions en ville, amarrions notre zodiac au ponton du (très chic) yacht-club, un petit signe au gardien qui nous a pris pour des habitués, et nous avons déambulé à la mode espagnole dans la foule en bordure de mer. Quelques gourmandises locales avalées dans un bar, et nous retrouvions notre carré : on est loin des trépidations du Golfe de Gascogne !

Demain nous rejoignons San Vincente de la Barquera, notre première ria… La météo nous prévoit du 20 nœuds d’Est : Popeye va se reposer.

samedi 23 août 2008

Charivari initiatique!


Nous y sommes, Charivari est au pied des Pyrénées. L’Espagne nous attend à 100 mètres, sur l’autre rive de la Bidassoa.
Mais ce fut réellement « initiatique » ! Je raconte…
Ce jeudi, à l’aube d’une journée qui s’annonce splendide, l’ancre est levée et nous saluons le soleil levant en longeant fort Boyard.
Oléron passée, première contrariété météo : le vent vient de Bilbao à notre rencontre, le bougre ! En plein dans le nez, et vigoureux… On nous avait promis pourtant du secteur nord. Je tire donc un premier long bord vers le large, et décide de mettre la voile piston (le moteur) en appui pour faire du cap (Charivari, qui est un dériveur, ne fait pas un cap excellent quand il remonte dans le vent). Nous avons en effet un double souhait : ne pas passer 2 nuits en mer, ni entrer de nuit dans un port que l’on ne connait pas. Il nous faut donc arriver à Bilbao avant la nuit du jour suivant.
L’après midi est plus serein : le vent s’établit mollement du Nord-Ouest, la mer est belle et bleu profond, l’avenir joyeux.
Pour la forme, je lis la météo reçue sur le Navtex (récepteur météo en mer). Quand je ressors, ma mine doit être lugubre car Françou me demande si je suis malade. Non, simplement j’ai lu des mots que je n’aime pas : averses, orages, rafales pour la nuit et le lendemain matin, sur les zones que nous allons traverser, Rochebonne et Cantabrico (je ne résiste pas au plaisir d’énoncer ces noms si chantants). Mon matelot me déclare alors : « On est partis, on fera face ! ». Nous conversons par radio avec un voilier que nous apercevons, point blanc sur l’horizon : c’est Altaïs, il va sur Hendaye. Avant la nuit qui s’annonce douce et sans nuage j’évoque avec le barreur d’Altaïs les orages et rafales prévues en stigmatisant le faible niveau des prévisions météo : il est évident que rien de tout cela ne se prépare. La risée est faible, les voiles raguent : j’affale tout et ne garde que la voile piston.
Françou décide de faire un quart pour voir, de 22 à 23h. Je m’assoupis dehors près d’elle, la nuit est belle, il fait tiède, la lune n’est pas encore levée. Quand elle va se coucher, elle est contente de ce quart qui lui révèle qu’elle n’a pas peur d’être seule à veiller aux commandes d’un 13 tonnes qui fonce dans le noir absolu (on ne voit rien devant). Elle me signale une lueur qui flashe parfois là-bas… Ça n’est sûrement pas un phare, elle m’indique la direction du grand large ! Sans doute un bateau de pêche.
Très vite je comprends l’origine de la lueur sur la mer : ça sera notre premier orage. J’essaie de l’éviter en changeant de cap : je ne l’éviterai pas, ni le suivant, ni les autres. Les orages, j’ai horreur. Sans doute à cause de toi, petite Maman, qui nous emmenait tous attendre qu’ils passent dans la pièce la plus isolée de notre maison de Sailly, avec l’eau bénite pour se signer à chaque éclair, et nous parlant des chers disparus qui jouaient aux boules sur le plancher du ciel, pour expliquer les roulements du tonnerre. Les averses sont venues : des traits glaciaux, la neige ne m’aurait plus surpris. J’étais assis sur les marches de la descente, ayant constaté que le pilote barrait très bien dans les rafales (nous étions à sec de toile… enfin, si on peut dire à sec !). J’adoptais la politique de l’autruche : juste un petit coup d’œil circulaire de temps à autre, mais pour le principe… pour voir quoi ? Nos feux de route qui taguaient l’écume en vert et en rouge chaque fois que l’étrave s’éclatait dans une vague, et un coup de foudre qui tombait en mer ? Je n’imaginais même pas le risque de croiser un petit bateau, le premier abri correct étant à plus de 15 heures de navigation d’ici. Je me répétais : « mais qu’est-ce qu’on fout dans cette galère ! Où est le plaisir ? ».
Françou se réveille. C’est à ce moment que les voyants du moteur se mettent au rouge : alternateurs en rideau, pression d’huile basse, et l’aiguille du compte-tour qui tombe au ralenti. Bizarre car pour autant que je puisse entendre, il (faudra qu’on lui trouve un nom, à ce cher moteur) tourne sans problème avec son bruit normal. Je comprends vite : sans doute à cause des vibrations, la clé de contact s’est mise sur off… (Ce qui n’arrête pas un moteur diesel, mais perturbe les voyants). Sainte Adrénaline nous avait offert deux doses pour le prix d’une.
Les orages se suivent. J’ai débranché les instruments, pour les épargner si la foudre nous touchait. Ce faisant, j’ai par erreur retiré au pilote sa précieuse indication de cap. Quand je suis passé à la barre pour une inspection, me suis rendu compte que l’on partait en Amérique. Vers 3h la pluie redouble de violence, les rafales aussi, et la mer commence à lever. Je décide de prendre la barre pour soulager le pilote. Je ne vois strictement rien, et barre au toucher, essayant de deviner comment viennent les vagues : c’est un capharnaüm, la grosse houle du large, souvenir des tempêtes passées, croise avec la vague fraîche levée par le vent du jour. Charivari danse sur les dos d’éléphants en rut, on voit leurs défenses blanches briller autour de la coque. Il pleut tellement que le globe du compas, éclairé de l’intérieur, me paraît inondé, je n’en distingue plus les chiffres, mais je crois y voir une sainte vierge que j’invoque avec ferveur. Le bateau me semble minuscule. Quel charivari !
Vers 4h le vent est sérieux. Nous avons allumé une lampe rouge dans la descente, et je distingue l’ombre de Françou, accroupie à l’abri et qui me surveille. Elle a peur. Moi aussi. Toujours difficile de voir sur quoi on marche… Plusieurs fois, ayant abandonné un instant du regard le compas, je retrouve le bateau à plus de 90° de sa route. A 4h30 je constate que la mer est maintenant formée devant nous, on ne progresse plus que lentement et jamais nous n’arriverons à Bilbao avant la nuit prochaine. De plus on arrive dans la zone de remontée des grands fonds, je n’aime pas trop. Je mets en fuite comme me l’a appris Thierry Dubois (mon prof de survie en mer, un skipper qui a survécu à 5 jours de naufrage dans les 50èmes pendant un Vendée-Globe : je vous raconterai une autre fois !) « En fuite avec ton OVNI, tu te mets au ¾ arrière, tu remontes la moitié de la dérive et c’est cool, tu glisseras sur les vagues. Les autres n’essayez pas vous auriez des problèmes avec vos grandes quilles». Merci Thierry. Ce cap nous emmène sur Hendaye. On attend le matin, rien que pour sortir du tunnel, avec l’impression que le jour ne peut se lever que sur un charmant paysage avec clocher lointain, et chant du coq à la place des grondements de la mer.

Mais le jour, lent à venir, est glauque et la terre est encore très loin. Les vagues ne sont pas aussi énormes que ce que nos imaginations avaient fabriqué, mais elles sont chaotiques et vachardes. Les grains nous suivront toute la matinée, puis viendra le soleil, et à nouveau des grains qui, venant du Golfe, convergent vers le Pyrénées.
Nous sommes à Hendaye, nous avons passé une nuit succulente, et surtout, il fait chaud, nous voyons l’été pour la première fois cette année ! Ce soir, Tapas en Espagne.

Durant cette expérience nous avons, je crois, touché nos limites. Nos sentiments ont suivi un chemin étrange, mais assez similaire :
Première période : on arrête tout, ça n’est pas du tout ce que l’on recherche.
Seconde période : on a quand même l’impression d’avoir gagné quelque chose.
Troisième période : notre confiance et notre affection pour Charivari est grandie (il est rassurant et puissant, rien n’a failli. Surtout il nous préserve quoiqu’il arrive ce carré chaleureux avec ses bois blonds si gais, l’orchidée et les photos, cette atmosphère intime, indifférente au chahut du dehors).
Quatrième période : on continue bien sûr… et Françou a décidé qu’elle fera des quarts de nuit désormais.
Bises à toutes et à tous !

mercredi 20 août 2008

La fenêtre météo est bonne... on fait les carreaux !

Le routeur (Michel, que je consulte pour confronter nos analyses météo)confirme : bonne fenêtre à partir de demain, du moins avec les critères très père de famille que nous avions fixés : surtout, la mer, très secouée par les deux grosses dépressions qui se sont succédées, est enfin calme, et c'est une condition pour passer sereinement la zone critique où les grands fonds océaniques remontent très rapidement de -2000 mètres à -100 mètres. Cerise sur le gâteau, le vent semble enfin s'établir au secteur Nord : il nous poussera tranquillement vers l'Espagne.

Nous avons passé 2 jours très sympas au mouillage (un peu rouleur) devant la belle plage de Boyardville à Oléron. Beaucoup de travaux à bord, Françou, avec la complicité de Dudule notre éolienne qui lui a fourni les électrons, a cousu :
1) une turbulette pour les petites quand elles viendront à bord (elle s'est un peu trompé dans la taille, c'est du XXL : je rentre dedans !)
2) deux sacs de couchage pour nuit de quart.

Quant à moi je viens de finir un grand nettoyage de cokpit et carreaux : faut être beau pour l'étranger !

Bises à toutes et à tous.

mardi 19 août 2008

Ça s’en va et ça revient.

La météo, sans doute las d’annoncer trop de vent, nous l’a joué optimiste ce matin : confiants, nous lançons donc Charivari à contourner Oléron.

Bilan : 3 heures de près avec un vent de force 6 (on a touché les 26 nœuds) et une mer qui devenait forte. Notre but étant d’entrer dans la Gironde au bout de cette folle galopade qui devait durer encore 8 heures, il me revient une petite phrase lue : éviter de prendre l’estuaire de la Gironde par vent fort et mer forte. Je décide donc de faire un demi-tour raisonnable, et nous revenons nous abriter entre Oléron et la terre, près de Fort Boyard.

Là Charivari qui sent l’écurie et n’est plus contrarié par les vagues, nous offre une pointe à 9 nœuds : pas mal pour un 13 tonnes ! Mouillage devant une belle plage d’Oléron : ça roule un peu mais c’est très beau.

Visite surprise des douaniers qui viennent à bord voir si,derrière nos mines patibulaires, ne se cache pas un trafic répréhensible : ça y est ! on nous prend pour Henri de Monfreid et Madame ! On a de la chance, ils ne découvrent pas l’atelier de couture clandestin de Françou.Ils nous donnent quelques conseils politiquement corrects : mettre le pavillon jaune en arrivant dans un pays pour appeler les douaniers si l’on a quelque chose à déclarer, ne pas négliger de payer les taxes si l’on ramène de rhum de Martinique… Nous promettons de tout respecter. Ces douaniers ont ceci de sympa, c’est qu’ils sont aussi des marins : ils nous confirment qu’aujourd’hui l’entrée dans la Gironde était à éviter.

Bref on attend toujours la météo idéale pour passer le Golfe. Ça viendra bien un jour. Pas demain : la mer devrait être encore « très forte » dans notre zone (la mer a la mémoire des tempêtes passées).

dimanche 17 août 2008

la valse dans Gascogne



Pas de chance cette semaine, deux grosses dépressions, venues chahuter le golfe de Gascogne auront contrarié nos plans. Coup de vent et attente de deux jours à Noirmoutier, à faire le gros dos en écoutant gémir nos défenses, à couple d’un autre voilier dans un port archiplein. Puis ici à la Rochelle où, malgré un joli temps ce dimanche, nous devons laisser passer Madame Dép n°2 (photo jointe) qui nous balance un flux de sud : il nous faudra donc attendre mardi matin pour pouvoir aller d’un trait de Royan (que nous rejoindrons demain) jusqu’à Bilbao. D’un trait car on évite les escales sur la côte landaise, peu hospitalière. C’est donc le programme, encore que l’on annonce une mer forte mardi (une mer forte dans le golfe, on évite !).
Nous nous sommes défini des critères de confort assez élevés, qui vont fixer le rythme de notre aventure : pas trop de vent, et uniquement du vent « portant » (comme les navigateurs d’autrefois), tellement plus confortable… De plus, Françoise ne s’étant définitivement pas inscrite sur les rôles d’équipage pour les routes de nuit, on se donne un maximum de 160 milles nautiques (environ 300 km) par étape : une nuit blanche ça passe, deux ça lasse ! Nous testerons cela mardi avec 160 milles entre Royan et Bilbao.
D’où une observation très attentive de la météo, et une stratégie d’attente très sage… et pas déplaisante : il est très agréable de visiter un peu l’endroit où nous nous arrêtons, plutôt que de repartir vite à l’aube pour faire de la distance. Ainsi, la Rochelle nous a séduits, et nous y sommes retournés 3 fois (deux fois à vélo, une fois en bateau-bus, car le port est assez éloigné du centre ville) pour nous plonger dans une ambiance de fête et un environnement maritime assez extraordinaires.
Pour l’instant on ne fait pas dans le record de vitesse… il faudrait que l’on couvre 250 milles par semaine si l’on veut arriver à El Kantaoui (Tunisie) fin octobre, après 2700 milles de route (4800 km) depuis Perros-Guirec … On verra bien !
Ci-joint le premier tiers de notre route, jusqu'au Cap Finisterre que nous devrions passer fin Août.
En attendant nous avons un peu l’impression de fuir devant l’hiver, et de n’avoir pas encore vu l’été cette année !

jeudi 14 août 2008

Dimanche 10 août midi : On part !

C’était une belle fête, hier soir (les fiançailles de Ben et Emilie), et nous en avons profité à fond…
Une fête qui prenait le relai du « baptême » impromptu organisé par les enfants jeudi soir : nous avions vu arriver tous les amis proches et la famille, les fauteuils pour les mamas, les tables et l’apéro, installés sur le ponton près de Charivari. Genre « ils sont venus, ils sont tous là ! », rayonnants et gais : on a même sacrifié une bouteille de cidre tiède pour un simulacre de « pchitt » qui a fait « flop » sur l’étrave. Mais du vrai champagne pour les gosiers !


Depuis des jours, un charmant tohu-bohu familial envahissait la Romone (la maison de famille de Quiberon), et Françoise avait fort sagement décidé que nous irions chaque soir de la dernière semaine dormir à bord de Charivari. Mais dans ces conditions un peu particulières, toutes les nuits à bord furent difficiles : tenus éveillés par l’angoisse du départ, avec toujours cette grosse boule à l’estomac, et l’impression de nous lancer dans une folie, et de n’être pas capable d’aller jusqu’à ce but qui parait si inaccessible…. Mais aussi tristesse de ne pas être assez disponibles pour nos enfants et petits enfants. Ajoutez à cela que Charivari profite de la moindre brise pour entamer un solo de cornemuse que le mât amplifie et transforme en sinistre chant de tempête, qui vient résonner dans notre cabine située en dessous : tout ce qu’il faut pour rêver à des navigations difficiles !
Mais nos 3 zigotos ont bien déridé l’ambiance en faisant un exubérant simulacre d’adieu chaque soir quand nous partions dormir à bord avec notre brosse à dent, et un simulacre de retrouvailles quand nous revenions prendre la douche le matin… ça dédramatise ! Nous partons, et nous libérons de la pesanteur de cette longue préparation. Quelle émotion de voir arriver des petits groupes d’enfants et d’amis sur le ponton, de faire le dernier câlin aux petits qui ont envahi le carré une dernière fois…

Et il y a tous ceux de Kerniscob que nous avions bisé le matin et qui avaient préféré aller sur la côte nous regarder partir de loin (je sais, Papa, que tu nous as surveillés longtemps dans tes jumelles)...
Mais l’émotion et l’action ne font pas bon ménage, aussi nous accélérons le processus du départ. On largue les amarres, volontairement sans aide, un coup de marche arrière et c’est parti. Un peu froidement sans doute. Mais une sorte de distance s’est déjà créée. Pourtant, dès le premier ponton viré, c’est un plaisir de nous retourner et de voir ces êtres chers nous faire des gestes affectueux d’adieu. Le départ prend alors, enfin, un visage joyeux !



Je pense à ce que doit être un vrai grand départ, pour une course transatlantique en solitaire, et notre amie « skipper », Cécile Poujol, doit bien sourire en lisant ces lignes un peu naïves…
Notre intention était d’aller à Houat tout simplement pour décompresser. Arrivée rapide, nous y sommes en 2 heures. Mouillage sous le soleil et devant cette superbe grand-plage (y en aura-t-il de plus belles plus loin ?). On profite des dernières douceurs du temps, un coup de vent brutal est annoncé dans tout le golfe de Gascogne pour lundi soir jusqu’à mercredi : dès l’aube lundi nous quittons ce beau mouillage : cap sur Noirmoitier, d’où nous envoyons ce message en attendant que ça se calme.

vendredi 8 août 2008















A 2 jours du départ, je lance ce blog encore très peu nourri... Mais c'est le lien indispensable avec vous, et c'est TRES important : usez et abusez des commentaires !
Nous avons passé presque un mois 1/2 à Quiberon, à finir les préparatifs : c'est fou ce que l'on a pu embarquer comme avitaillement et matériel de rechange... du stock de filtres à café à l'hélice de rechange... Eh oui ! Si nous, nous reviendrons régulièrement, le bateau, lui ne reviendra que dans 3 ans : il faut donc prévoir loin.
J'ai aussi rajouté un dessalinisateur : ainsi nous produirons notre eau douce, ce qui nous dispensera de beaucoup de corvées d'eau potable.
Nous ne soupçonnions pas qu'il était si difficile, moralement, de partir. Du jour où il devient projet, l'objet du rêve suscite une sorte d'appréhension et de vertige : allons nous être capables d'aller jusqu'au bout ? C'était si facile et si agréable de rêver... J'ajouterai qu'il faut aussi savoir arrêter un projet : nous partons avec l'idée de vivre le bonheur sur l'eau, mais si l'un de nous deux ne le vit plus comme cela, nous arrêterons.
Cette escale à Quiberon, entourés des enfants et petits enfants, si elle a un peu freiné la dynamique du voyage acquise durant la première étape, nous aura apporté le plein d'affection de la famille. La petite fête surprise organisée hier soir sur le ponton aura été un point d'orgue de ces moments chaleureux. Merci les enfants !...
Dimanche donc nous partons... après avoir fêté les fiançailles de Ben et Emilie ce samedi.
Cap sur Oléron, puis Bilbao sans doute, puis nous ferons du cabotage sur la côte Cantabrique, si belle paraît-il. Ensuite nous longerons la côte portugaise, si douce en septembre. Gibraltar serait passé mi septembre, petit crochet à Tanger pour marquer le passage sur le continent africain, puis remontée sur les Baléares, saut vers la Sardaigne, et descente vers la Tunisie que nous espérons atteindre fin octobre...
On vous racontera.
(à suivre)