Culatra, c'est le nom de ce petit village de sables, devant lequel nous sommes mouillés depuis maintenant 5 jours, dans la lagune de Faro. Le spectacle est toujours aussi beau. Nous sommes régulièrement frôlés par les grandes barques rapides des locaux, qui les emportent à fond la caisse vers une autre rive de la lagune. Les plus téméraires restent debout comme des cowboys en rodéo, malgré les sauts et les embardées sur le clapot.
Des nouvelles du front : Olivier et Brigitte, partis en vitesse l'autre jour pour essayer de passer avant le mauvais temps, ont en définitive fait demi-tour. Puis, en galérant contre le vent ils sont allés se mettre à l'abri à Vilamoura, à l'Ouest de Faro... Nous assurons bien notre mouillage (que j'ai agrémenté d'un bon amortisseur depuis l'aventure de Cascais, et sur les conseils d'Olivier). Nous regardons avec un peu d'angoisse les 2 milles d'eau libre devant nous, où le clapot peut se lever, mais on se rassure en se disant que l'on n'est pas en prise directe avec la mer.
Puis c'est à nouveau l'ambiance veillée d'armes... on commence à connaître ! Le ciel nous offre toutefois une merveilleuse accalmie, à croire que tous les météorologues se sont plantés (et pourtant RFI annonce force 10 - au large -sur la zone Cadix): une petite brise tiède balaie la lagune cet après midi. Nous décidons donc de débarquer quand on le peut encore.
Culatra est un village de pêcheurs, et la plage qui borde le minuscule port côté lagune, est un lieu de travail couvert de barques et de filets qu'entretiennent quelques hommes. En arrière plan, une centaine de petites cabanes de pêcheurs, toutes semblables sont bien rangées, ruelles en damier à l'ambiance très besogneuse.
Tout est baigné de cette lumière extraordinaire qui, le soir, colorie dans les tons ocres tout ce qu'elle touche. Nous flânons au bord de l'eau, ramassons des coquillages dont Françou nous fera ce plat délicieux découvert en Espagne (haricots, coquillages, oignons). Devant nous une langue de sable est recouverte d'une colonie de mouettes, fascinantes à observer dans leurs rites étranges faits de poses orgueilleuses, d'envols soudains et desimulacres de règlements de comptes.
Détendus, nous allons siroter une petite bière dans un troquet qui borde « l'agora » de Culatra, une vaste étendue de sable descendant jusqu'au petit port, sillonné dans tous les sens par les villageois qui le plus souvent poussent une brouette ou tirent une carriole. A marcher sans cesse dans le sable, j'observe que les hommes ont acquis une démarche très particulière, jambes un peu arquées, et pieds à 10h10.
La soirée est étonnamment paisible, et la partie de dominos -exclusivement masculine bien entendu - en terrasse du bistrot est un pôle important de la vie sociale du village : autour des joueurs se crée un groupe qui se renouvelle au gré des passages et donne lieu à beaucoup d'échanges et de débats, dans la bonne humeur.
La mer est si calme que nous rejoignons le bateau à la rame. Un message de Michel, notre routeur, nous attend : ses prévisions sont plus sévères que ce quej'attendais : 30-35 noeuds, plus rafales si affinités. Les tripes se nouent un peu. Mais la nuit sera assez calme, les dépressions ne prennent pas le train, elles peuvent avoir du retard.
Jeudi matin, ça démarre. On ne sortira pas du bateau aujourd'hui. Bravo Michel, les 35 noeuds ont été dépassés. Charivari tire sur sa longe, mais le clapot est trop court pour chahuter sa grande coque. Parfois ça se calme, nous allons faire un tour de pont. Nous apercevons sur les quelques autres voiliers mouillés comme nous, des silhouettes qui examinent avec gratitude leurs ancres.
Le vent se calme dans la soirée. Le village est à 200 mètres de nous, trait de lumières posé sur une bande de sable. Bien que l'on entende derrière lui la mer gronder comme si un train passait à grande vitesse, il nous apparait paisible et le bistrot est comme une friandise inaccessible.
Cette nuit, rebelote. Mais avec une variante : c'est le calme plat, puis soudain arrive une bourrasque à 30 noeuds de vent, suivie de son orage bien lumineux. Ce régime nous sera imposé 3 fois dans la nuit. Un petit voilier anglais est venu mouiller trop près de moi hier en début de nuit. Or l'orage nous fait tourner dans tous les sens et pas forcément en phase, aussi je le surveille : il m'a volé une partie de ma nuit. Et ce matin le vent a repris duNord-est, dépassant les 36 noeuds.
Nous sommes samedi, milieu d'après midi. Normalement ça devrait se calmer. Nous aimerions en effet :
1) descendre à terre et nous offrir un petit resto au village,
2) partir demain avec le flot sinon pour aller rejoindre une marina civilisée et nous préparer pour la dernière étape.
Bises à toutes et à tous !