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Charivari, troisième (et dernière) séquence!

mardi 26 mai 2009

Ibiza... Tout ou rien !

La plaisance à voile : une espèce menacée… Vendredi 22 mai.
Nous laissons Formentera avec regrets. Son petit port a des allures un peu africaines, si ce n’était la note assez salée… C’est une île dont les paysages et l’habitat ont beaucoup de charme et de naturel. Elle semble épargnée par le tourisme de masse, si l’on excepte certaines plages où sont parquées des chaires vautrées, plus ou moins dénudées (ça n’est, hélas, jamais le pire qui l’est le moins !), et qui cuisent à petit feu.
Mathilde nous a expliqué que le phénomène de « double insularité » est assez contraignant (il faut d’abord aller à Ibiza, puis reprendre un ferry pour Formentera), mais il explique sans doute cette qualité de vie préservée.
La mer n’est pas belle ce matin, le temps change, une petite dépression passe sur les Baléares. Nous renonçons à aller sur la côte Ouest d’Ibiza car le vent est soutenu et dans notre cap. Nous décidons de faire une pose au mouillage d’Espalmador en attendant de voir comment le temps va tourner. Vers 15h ça se calme, et nous repartons vers l’Est de l’île, vers Eivissa qui est la ville principale de Ibiza, plus facile à atteindre avec cette direction de vent.
Notre cible est l’avant port d’Eivissa que notre guide nautique présente comme une grande zone bien protégée par une grande digue récemment construite, où l’on peut mouiller (sans bourse délier). Hélas, en arrivant nous lisons, écrit en gros sur le môle : « mouillage interdit ». Voilà qui supprime un très vaste et excellent abri aux navigateurs, alors qu’ils sont si rares sur cette côte (Il n’y a décidément dans ce coin aucune éthique maritime !). Cela sans aucun doute pour des raisons purement mercantiles. Car il y a trois marinas dans ce port… La chose est stupéfiante quand on sait (c’est écrit sur de grandes affiches en ville) que la grande digue qui protège cet avant port et permet le développement des marinas, a coûté 42.000.000€ et été financée à 66% par la communauté européenne.
Nous faisons des ronds dans l’avant port, sachant bien que nous allons payer cher ce petit changement de programme. Appel radio à une première marina : oui il y a de la place (premier soulagement). Mais chez ces gens là, monsieur, on ne communique pas le prix par radio, il faut téléphoner. Ça met dans l’ambiance ! Au téléphone, Françou comprend 25 euros pour la nuit, on n’en revient pas, on y va.
Cette marina n’est faite que pour ces gros « cigares » à moteur qui sillonnent les eaux en méditerranée (l’autre jour, nous en avons vu arriver un énorme dans le merveilleux mouillage d’Espalmador, portant délicatement sur son arrière un jet-ski jaune qui paraissait minuscule. Le propriétaire jette l’ancre, puis met à l’eau son jet-ski, et passe son après-midi à faire des ronds dans l’eau avec son petit jouet. Puis il range tout et repart vers Ibiza…). Dans cette marina, on compte sur les doigts d’une main les voiliers: serait-ce ici une race en voie d’extinction ? Les quais sont suréquipés de grosses pompes à fuel, et ces engins tous aussi prétentieux les uns que les autres sont entassés au coude à coude, faisant une muraille qui cache même la vieille ville sur l’autre rive de la baie. Que reste-t-il, aux pauvres propriétaires de ces puissantes machines, du plaisir de posséder puisqu’elles se ressemblent toutes, et leur accumulation rend particulièrement laid ce design de fusée inspiré de l’imaginaire James-Bondien ! En tout cas, de l’image que l’on peut avoir d’un petit port des îles, avec des voiliers de rêve, il ne reste rien ici. On nous indique une mauvaise place coincée entre le départ d’une navette que l’on gêne visiblement, et un faisceau d’amarres grosses comme mon bras qui rendent la manœuvre délicate. Sans parler des ordures flottantes qui s’accumulent à cet endroit. On nous annonce en définitive que ce havre nous coûtera 50 euros plus les douches, l’eau, l’électricité, les toilettes… Et c’est avec mépris que les employés de la capitainerie se moquent de nous quand on dit avoir compris 25€. Ils nous suggèrent d’aller voir les autres marinas.
Ce que nous ferons : la marina suivante est un énorme chantier plein de bulldozers, de bruit et de poussières. Nous demandons à une hôtesse pomponnée installée dans un bungalow combien ça coûte une place pour 1 jour : elle a l’air surprise, son truc c’est de vendre des anneaux à des propriétaires huppés, pas de faire l’aumône (d’autant plus que l’on traine avec nous un gros sac à linge sale que l’on n’a pas pu se résoudre à laisser dans une laverie automatique qui prenait … 18€ pour une machine !). Elle nous envoie plus loin, on repose la question, et l’employée, pudique… ou honteuse, écrit le montant sur un papier qu’elle nous tend sans un mot ! Prix de base : 110 euros en l’état, au milieu des travaux, plus les taxes, l’eau, l’électricité, les douches ; et ça passera à 250 euros à la belle saison.
Ecœurant. La plaisance est étouffée par le fric, et une administration portuaire sans âme qui s’assoie sur l’oreiller. Pourvu que cette gangrène ne se répande pas dans nos contrées.
Ibiza par l’Ouest, samedi 23 mai.
Dès l’aube nous partons avec un goût amer dans la bouche. Heureusement la suite va nous faire oublier ce cauchemar.

Nous passons entre l’île Verdra et la côte, c’est brumeux et grandiose. Cette île inabordable ressemble à une gravure chinoise de montagne magique, et nous passons humblement, seuls et minuscules au pied de ce monstre. Le vent est un peu fort et dans le nez (facétieux aujourd’hui ! Nous l’aurons toujours dans le nez, alors que nous avons fait un demi-tour complet en passant Ibiza par le Sud). Nous testons une première cala (calanque) réputée la plus belle d’Ibiza, mais une demi douzaine de bateaux l’ont remplie… Elle est minuscule. Nous repartons, testons un mouillage un peu austère et pas abrité de l’Est, dans l’anse de l’île Conillera, où nous aurions été seuls avec les cailloux, la mer et les mouettes, puis repartons pour la cala Bassa près de San Antoni de Portmani.Coup de foudre, on a adoré ce petit coin. Un peu dur seulement de trouver son carré de sable – rare -au milieu de l’herbe pour poser une ancre qui ne lâchera pas. Nous y passerons deux nuits et un dimanche très tranquilles.

San Antoni de Portmani. Lundi 25 et mardi 26 mai

Relâche et retour à la civilisation : hier au mouillage devant le port, à écouter dans la nuit tous les bruits d'une villégiature qui a l'air sympa et moins coinçée que sa consoeur Eivissa. Aujourd'hui Charivari repose son ancre et a mis une amarre au port. Noria de sacs à linge vers la blanchisserie locale. Ce soir, bon petit resto, il y a bien 3 semaines que l'on n'a pas mangé sur une table qui ne bougeait pas.
Bises à toutes et à tous

vendredi 22 mai 2009

On se quitte, on se retrouve, aux Baléares !

De Villajoyosa à la cala Sardinera (baie de Javea). Dimanche 17 mai.
En compagnie de Zigzag, nous quittons la « ville joyeuse » poussés par un petit vent de Sud-est.

Nous longeons une côte au relief magnifiquement découpé. Notre but est de trouver un mouillage bien abrité de ce vent qui forcit progressivement, près du cap de la Nao qui est le point le plus proche des Baléares. Nous trouvons notre bonheur dans une jolie crique au nom pittoresque : la cala Sardinera. Encore beaucoup de bateaux à l’ancre quand nous arrivons en ce beau dimanche, et Jean-Yves devra changer 2 fois de mouillage avant de pouvoir éviter sans toucher un autre bateau. Difficile de mouiller quand comme lui, on est seul à bord, et surtout sans guindeau électrique : il fait tout à la main, aidé seulement par un gros cabestan type « moulin à café », qu’il extrait de sa baille à mouillage.

Le soir venu, il ne reste plus que nos deux bateaux. Des rafales se mettent à débouler régulièrement des reliefs de la crique, tantôt de la droite, tantôt de la gauche, faisant vibrer les coques qui tirent sur leurs longes.
Beau coucher de soleil rouge, et l’obscurité envahit notre havre, qui n’en plus vraiment un. Vers 23h je constate que nos deux bateaux évitent vigoureusement sur leurs ancres, mais chacun jouant sa partition ! Comme l’un et l’autre avons mis beaucoup de chaîne, il vient un moment où je dois mettre d’urgence Popeye en route, et marche arrière toute pour éviter un coup de poupe de Zigzag ! Le bruit n’a pas réveillé Jean-Yves, et Françou l’achève de plusieurs coups de corne de brume… Le pôvre, il ne sait pas encore que sa nuit est presque finie… Il sort son moulin à café, remonte son ancre et nous le voyons partir jeter son ancre pour la 3ème fois, de l’autre côté de la crique. Nous allons dormir d’un sommeil serein mais lui, inquiet, veille à la bonne tenue de son ancre dans les rafales. Vers 1 heure, nous dira-t-il, le vent s’est calmé, et il s’apprêtait à se coucher, quand un bon souffle de Nord-ouest (l’opposé !) se lève, et Zigzag – qui porte bien son nom – fait un demi-tour sur son ancre, la poupe venant dangereusement flirter avec les rochers de la côte. Quatrième mouillage… Il aura veillé 3 heures.

De Sardinera à l’île d’Espalmador (Baléares). Lundi 18 mai.
Un beau roulis causé par ce Nord-est dont nous ne sommes pas abrités, accompagne la crécelle du réveil à 6 heures, pour nous rappeler aux lois et aux charmes de la plaisance. Et encore, nous avions dormi, nous ! Mais rien dans la voix toujours calme et optimiste de Jean-Yves à la radio, ne laisse deviner ce qu’il a enduré. Nous avions convenu de partir le plus tôt possible pour cette traversée vers les Baléares car le vent devait monter à l’Est dans la journée, et nous voulions faire de la route avant de l’avoir dans le nez. Le Nord-ouest qui s’est levé cette nuit se renforce un peu, accompagné de gros nuages noirs pas sympathiques. Tant mieux, il nous pousse à 7-8 nœuds sur la première partie de route, notamment pour traverser un « rail » de navigation. Nous nous serions cru en Manche avec ce temps gris et froid.
Zigzag était à 1 mile devant moi quand, stupéfaction ! Un cargo qui allait croiser notre route, et dont je contrôlais très bien la trajectoire sur mon écran, met soudain le cap sur moi ! Puis il corrige et passe entre nous deux. Il a du juger que Jean-Yves était un peu trop sur sa trajectoire !
Puis le beau temps revient, le vent tombe, on met les moteurs en appui.
Plus loin, dilemme : sur ma route se trouvent : d’un côté un chalutier au ralenti, et de l’autre un vivier à poisson, et peu de place entre eux. Je décide malgré tout de passer entre eux deux… jusqu’à ce que je distingue le câble qui les reliait.
Nous mouillons en compagnie de Zigzag et de Flores arrivé depuis deux jours, devant la splendide plage de l’île d’Espalmador, entre Ibiza et Formentera.

Je vous laisse vous régaler d’images de rêve. Nous y passerons 3 nuits au mouillage.

Espalmador, le 20 mai
Au petit matin nous voyons partir nos amis, le cœur un peu serré : ils partent sur Majorque etc… Après tant de miles faits ensemble (depuis La Corogne pour Flores !) nous ne nous retrouverons sans doute plus ensemble sur l’eau.
Nous avons décidé de prendre une bonne semaine de repos en visitant au gré de nos envies toutes les criques et mouillages autour d’Ibiza et Formentera, avant de retourner sur le continent, à Valence, pour y laisser Charivari de début juin à début août (pour le mariage de Ben et Emilie, et les vacances familiales).
C’en est fini – pour le moment ! - de la course en avant, on se laisse aller. On profite.

Formentera, le 21 mai.
Et puis nous avons des êtres chers à retrouver à Formentera : Flavie ma filleule, et Mathilde sa sœur qui y habite avec son Juan Pedro et leur adorable Joao. Sans parler de la fameuse maison de Chantal, leur Maman, qui nous en parle et la retape depuis 15 ans. Ce matin donc, nous venons jeter une amarre dans le port de Formentera,
affrétons un scooter, surmontons toute peur du ridicule à chevaucher ce drôle d’engin, et partons à la recherche de nos amis.
Au passage nous découvrons le charme de cette île.
Dans la soirée et après beaucoup de coups de fil de Chantal vers ses filles, nous retrouvons Mathilde et sommes accueillis dans le chantier de la future maison de Joao,
que son architecte de père restaure avec amour et talent.
Nous retrouvons Flavie dans la merveilleuse, la chaleureuse, la belle et douce maison de rêve
que Chantal a retapée avec tant de passion. Sans eau autre que l’eau de pluie, sans électricité autre que solaire, mais c’est un château.
Demain nous partons avec Charivari visiter les criques d'Ibiza.
Bises à toutes et à tous.

samedi 16 mai 2009

En escadre sur la Costa Blanca

Aguillas, nuit du 9 au 10 mai.
Alors que la nuit était calme et sans la moindre brise pour faire chanter le mât de Charivari, nous sommes réveillés vers 3h par une violente rafale semblant débouler du gros caillou surmonté d’un château, qui fait relief au Sud du port. Si violente et soudaine que Charivari fait des embardées, bien qu’amarré à quai. Je vais doubler les amarres, en pyjama comme d’hab’... 10 minutes après, plus rien. Au petit matin je suis surpris de ne plus voir Zig-Zag, mouillé hier soir encore au milieu de l’avant port… Appel VHF de Jean-Yves : il est tout au fond du port : réveillé par la rafale, il a mis le nez dehors au moment ou son bateau, pris de travers par le vent, se met à déraper à toute vitesse : il voit défiler le môle et les bouées, sans rien toucher heureusement, et n’a que le temps de mettre en route le moteur, et de lâcher 50 mètres de chaîne. Et ça a tenu.
Après cet incident, la polémique est vive : Jean-Yves, comme Olivier, Marc et moi-même, sommes des inconditionnels d’un type d’ancre qui s’appelle la Spade. On en voit très peu, mais ses adeptes forment une sorte de confrérie. C’est une ancre révolutionnaire qui a la réputation de ne JAMAIS déraper. Ce fut d’ailleurs notre cadeau de Noël à Charivari, cadeau intéressé car c’est aussi pour nous une assurance de sommeil serein au mouillage. Force est de constater que là, une Spade a failli. Nous en dormirons un peu moins bien. Sauf Jean-Yves qui est tellement inconditionnel de cette ancre, qu’il s’est lui-même accusé de l’avoir mal mouillée.

De Aguillas à Mazarron, le 10 mai.
Nous partons à 3 bateaux. Zig-Zag et Algieba font les beaux pour la photo.
En route, nous recevons un message de Flores, qui a quitté Almerimar et fait route sur Aguillas où Brigitte et Olivier comptent arriver demain.
Nous sommes donc partis pour Cartagena dans de tout petits airs, propices à taquiner le maquereau. Cette saison, la ligne aura été lancée au moins 20 fois, et nous avons investi dans un superbe moulinet. Bilan : pas un seul poisson n’est monté à bord autrement que dans un filet à provisions…
Très vite le vent s’est levé, ce qui nous a valu une bonne heure de navigation sympa au bon plein. Puis le bougre tourne bientôt dans notre cap en forcissant : vers 14h, malgré l’appoint du moteur, il devient difficile de progresser. Charivari et Zigzag, au moment de passer le cap Tiñoso, refusent devant l’obstacle et, abandonnant l’objectif initial, se laissent glisser jusqu’à Mazarron. Pas comme Algieba, où Jo et Josiane ont eu le courage de tirer des bords jusqu’à 18h pour arriver à Cartagena. Ce sont de grands sportifs. Nous ferons cela demain, par vent plus favorable !
De Mazarron à Cartagena, le 11 mai.
Carthagène est une ville magnifique. Nous jetons les amarres sur un quai bordé de palmiers, juste devant un vieux gréement.

Ce quai est le paseo (la promenade) de la ville. Nous le découvrirons d’abord avec amusement. Puis après un jour, nous en éprouverons une certaine lassitude. Surtout lorsque le paquebot « Club Med 2 » aura largué sa cargaison de franchouillards dont le premier émerveillement sera de déambuler sur ce paseo.

D’ailleurs, tous les matins arrive un de ces gros hôtels flottants (mais qui donc fabrique des trucs comme ça ???) qui organise un lâcher de retraités en short, chaussettes et souliers vernis, robe à fleurs et chapeau de paille. Ils partent d’un pas gaillard, carte en bandoulière comme en raid, visiter la ville en vrac le matin, sont de retour à bord à midi, font la fête sur le pont supérieur, à fond la sono qui inonde la ville de décibels délirants jusqu’à 15h ; puis le bateau beugle trois fois, façon départ du Titanic, et ils s’en vont. Quand il y a du sujet américain à bord, un hélico vient survoler la zone (au petit matin !) un bon quart d’heure en rase motte pour tenter de débusquer des terroristes avant le lâcher.
Bon, je me suis laissé emporter par le plaisir de la caricature. Il faut avouer un paradoxe : autant nous moquons ces croisières, autant nous en envions le confort en mer, quand la plaisance nous fait baver (plaisance = plaisir + souffrance), et nous nous sommes promis d’essayer un jour !
Le 13 au matin, le ciel n’est pas engageant, et chacun décide de passer une journée de plus ici.
Nous changeons de marina, ce qui nous donnera la possibilité de faire un apéro-ponton un peu intime, avec quelques autres français qui ont hiverné ici : nous retrouvons ainsi Bernard et Catherine sur un Allure 40, entrevus dans l’Aber-Wrac’h en juin dernier, alors qu’ils s’apprêtaient à traverser le Golfe de Gascogne. La suite devait être l’Atlantique, ça sera la Méditerranée : ils ont changé leur programme, eux aussi. Nous constatons que, bon an mal an, nous avançons tous à peu près au même rythme dès lors que nous prenons l’option d’avancer au fil de nos envies.

Cartagena à Torrevieja, le 14 mai.
Vent vigoureux sur cette route que nous faisons en escadre à 4 bateaux.
Après une longue période de vent dans le nez, nous retrouvons avec plaisir du vent portant. Françou peaufine ses connaissances en météo, et devient experte pour prévenir les grosses rafales qui déboulent du relief ou qui encadrent les caps. Elle a ajouté aujourd’hui à sa panoplie le vent qui souffle sous certains gros nuages noirs comme celui qui s’est attaché à nous durant les 2 dernières heures de navigation aujourd’hui.
Nous mouillons tous les 4 dans l’avant port de Torrevieja, pour une nuit sereine : on n’est jamais mieux que sur son ancre, quand il ne se passe rien de grave… Et nous commençons sérieusement à tenter d’éviter le racket organisé par les marinas dont les tarifs de ce côté-ci de l’Espagne, montent très vite avec la latitude (on nous parle de 150 euros par nuit –voire beaucoup plus – aux Baléares !).
Torrevieja à Villajoyosa, le 15 mai.
Le vent aura pris un peu toutes les directions dans une gamme étendue en force. Parfois – rarement - cela ressemblait aux images classiques de la Grande Bleue. Mais on ne sait jamais ce que la minute qui suit nous apportera : une zone proche peut soudain apparaître semée de moutons blancs, quand il n’y avait que du bleu lisse à perte de vue : c’est le signe d’un changement de vent, en force et en direction : il faut réagir vite. Tout à l’heure, le temps d’aller dans le carré faire une bricole, le bateau – sous pilote automatique - a passé sa voile d’un vent de travers tribord amure à un vent de travers babord amure, sans perdre de vitesse et si délicatement que je ne m’en suis rendu compte que lorsque Françou m’a demandé naïvement : « La voile n’était pas de l’autre côté tout à l’heure ? ».

En route, devant Alicante nous avons rencontré une belle régate de 12 mètres JI (les bateaux de l’America’s cup) survolée d’un hélicoptère. Nous avons tiré un bord parallèle, ce qui nous a permis de constater qu’ils avancent un peu plus vite que nous.
Nous sommes à Villajoyosa, petite ville balnéaire pleine de charme car elle a su garder son vieux village avec des façades colorées, qui font oublier les immeubles de béton dont la terre hispanique est si fertile, et qui ont ici l’élégance de pousser derrière.
Ce matin nous avons décidé d’y rester une journée de plus, pour buller ! Flores est parti ce midi, cap sur Ibiza qu’ils atteindront demain matin. Si tout se passe bien, nous les retrouverons dans 2 ou 3 jours au mouillage de Formentera !
Bises à toutes et à tous !

samedi 9 mai 2009

On se la coule douce

Mardi 5 mai :
Ben et Emilie sont arrivés hier soir à l’aéroport de Malaga. Ils ont un petit coup de cœur en retrouvant Charivari, qu’ils n’ont pas vu depuis Quiberon, mais aussi un coup au cœur en découvrant le style très particulier de ce port. C’est sans regret que nous quittons Benalmadena à l’aube, dans la foulée de Zigzag, mené en solitaire par Jean-Yves (Annick le rejoindra aux Baléares).
Navigation sans grand vent mais par un soleil radieux.

L’équipage d’appoint n’est pas beaucoup sollicité ! Nous passons la première nuitée dans le fond du port de commerce de Motril, dans un endroit qui prétend au titre de club nautique et fait payer très cher l’anneau nocturne : seuls les quelques centaines de m2 qui entourent le petit quai font vaguement penser à un club-house british. Le reste n’est que zone industrielle et ville morte… loupé !
Mercredi 6 mai :
Nous continuons la route vers l’Est.
La Grande Bleue saigne sous le coup de la pollution : c’est parfois épais comme de la peinture rouge, je devrai décrasser mes filtres ce soir. On en profite pour apprendre le fameux nœud de chaise aux dames : Emilie se débrouille très bien. Le cas de Françou est plus désespéré.

Nous longeons la Sierra Nevada enneigée, et il fait si chaud !
Soirée agréable dans le port d’Almérimar, où le résidentiel moderne s’intègre assez bien au milieu maritime. Mais on se demande d’où et quand viendront les millions de touristes qui habiteront ces cages de béton. En cette saison, il n’y a sur la Costa del Sol que du béton vide, des fenêtres closes et des grues pour aggraver la situation ! Jean-Yves nous invite à dîner autour de son barbecue, ambiance très chaleureuse !
Jeudi 7 mai :
Nous traversons le grand golfe d’Alméria, toujours sous un soleil radieux.
Le vent est parfois un peu moins mou, et l’équipage en profite alors pour s’entraîner à embraquer les écoutes comme sur un voilier de course. Mais il est toujours d’Est – donc dans le nez - et nous oblige à faire tourner Popeye plus qu’on ne le voudrait.
Une fois tournée la pointe du Cabo del Gata, nous pouvons mettre un peu de Nord dans le cap… mais le vent tourne lui aussi au Nord Est… Qu’avons-nous fait à Eole ?
Par contre, la côte devient plus sauvage, escarpée et somptueuse : la mer a sculpté des formes

qui évoquent tantôt le travail d’un orfèvre qui aurait enchâssé des pierres précieuses dans la falaise,tantôt des œuvres architecturales grossières comme ces huttes géantes, qui font oublier les immeubles ignobles de l’homo bétoniens. Seul clin d’œil à la raison :
cet hôtel qui porte honteusement la mention « hôtel illégal » écrite en gros pour les témoins du large.
Le soir nous arrivons devant un adorable petit village blanc qui évoque la Grèce
au pied d’un fort construit sur une butte. Nous y mouillons en compagnie de Zigzag.
Le pêcheur est bredouille, ...mais se rattrape dans la préparation du gaspacho.
Vendredi 8 mai :
En route pour Aguillas, où nous avons réservé par téléphone une voiture de location pour ramener Ben et Emilie jusqu’à leur avion à Alicante samedi à l’aube. Nous naviguons de conserve avec Zigzag, et échangions quelques mots à la radio, quand une voix nous interpelle « Charivari, ici Algieba » ! C’est Jo et Josiane qui naviguent 5 miles devant nous ! Nous nous retrouvons tous dans le petit port d’Aguillas, où il y a très peu de place : Zigzag va dormir au mouillage dans l’avant-port. Nous sommes à quai dans très peu d’eau, mais c’est animé et sympathique. SMS de Brigitte et Olivier, qui sont arrivés à Almérimar : on va tous se retrouver pour aller découvrir les Baléares !
Samedi 9 mai :
Lever à 5h, non pas pour appareiller mais pour faire un saut jusqu’à l’aéroport d’Alicante. On a adoré ce petit bout de route avec vous, Emilie et Ben ! Et dire que l’on ne se revoit pour votre mariage ! Ce qu’on a le plus aimé ? De voir que notre aventure vos tentait un peu, pour plus tard !

lundi 4 mai 2009

Du Rocher au béton.

Jeudi 30 avril :
Avec prudence nous partons passer le Cap de l’Europe (la pointe de Gibraltar) assez tôt – 8h du matin - pour que le courant que nous avions contre nous hier, nous porte au moins 3 heures, le temps d’être loin de la baie de Gibraltar que Françoise appelle « le trou à rats » ! Malgré tout, Neptune nous taquine en nous faisant dériver très vite sur une plate-forme ancrée au bout de la pointe, et dont nous frôlerons les moustaches (à savoir les gros coffres flottants balisant la zone et qui écumaient comme des noyés dans le courant). Un hélico de surveillance, un peu soucieux, va nous survoler pendant ¼ d’heure. Puis cap au Nord-Est, vers la Costa del Sol.
Belle navigation au bon plein.

Très vite le vent nous attrape et déboule du « Rocher » en accélérant. Charivari s’amuse, d’autant qu’il n’y a pas de mer car nous sommes à l’abri de la côte : on se croirait en baie de Quiberon. Le courant nous pousse, tout va bien. Nous finirons avec un vent atteignant la force 7, avec 2 ris et un petit bout de génois, mais une mer toujours peu agitée. Le vent montant toujours, nous choisissons de nous arrêter à Estepona. Les manœuvres sont un peu délicates car ça souffle vigoureusement dans le port. Ça sera notre première prise de « pendille » avec Charivari : la technique, toute méditerranéenne, consiste à venir mourir perpendiculairement au quai en s’appuyant généreusement sur ses 2 futurs voisins – ce qui, en cas de friction un peu forte peut en faire immédiatement des voisins exécrables – , de s’amarrer comme on le peut au quai – qui est souvent trop haut pour que l’on puisse y monter -, puis d’attraper la pendille, un cordage généralement gluant et pourri qui est relié à une chaîne mouillée au fond du port, auquel on s’amarre. L’autre charme de cette curieuse pratique, c’est qu’on ne peut sortir du bateau, comme on le fait si facilement en sautant sur le « catway », ce petit ponton le long duquel vous vous amarrez dans les ports civilisés. Non ! il faut avoir une planche de 2 à 3 mètres pour relier le bout du bateau au quai, rarement au même niveau ; et être bon équilibriste surtout quand il y a un peu de houle dans le port. La planche, nous l’avions trouvée à Barbate, non sans mal : chaque fois que l’on demandait une « plancha » on nous demandait si on la voulait électrique ! C’est après un échange de SMS avec Emilie que nous avons su dire « menuisier » et « planche en bois » dans la langue locale. L’équilibre, c’est une autre affaire ! Mais on fait des progrès.
Pour Françou, le truc c’est de ne surtout pas regarder en bas. Et de s’agripper à moi…
Estepona est un petit port plein de charme, mais charme « moderne », exclusivité de cette côte bétonnée de la Costa del Sol qui commence ici : une architecture faite de coupoles et d’arcades, et d’une peinture bleue façon « Sidi Boussaïd ». Dans la tiédeur du soir, nous retrouvons tout le charme du paseo et de l’animation nocturne de l’Espagne. L’écart est surprenant entre la côte atlantique, plus rude et cette côte méditerranéenne plus riche et encline à la dolce vita. Par contre, la grande constante demeure le zèle administratif des employés de port : il faut bien prévoir ½ heure , le temps de la saisie informatique d’une bonne dizaine de formulaires, avant d’être autorisé à rejoindre le bateau en attente à l’accueil (souvent un mauvais quai en béton encore soumis à la houle du dehors), et d’aller prendre sa place.
Marie-Françoise et Christian, partis un peu après nous de Gibraltar, avaient prévu d’atteindre Marbela, soit 2 heures de navigation en plus. Arrivés là, avec un vent bien établi à force 7, le port leur dit qu’il ne peut les accueillir, faute de place. Ils ont du revenir en arrière au près pour trouver abri à Puerto de Jose Banus , un port privé qui les a taxés de 97 euros pour une nuit sans eau et sans électricité… C’est la méditerranée ! Françou a aussitôt décidé que nous réserverions désormais nos places de port à l’avance. Aussitôt dit, aussitôt fait, nous réservons une place pour demain à Benalmadena, près de Malaga, prochaine étape.
Vendredi 1er mai :
Départ matinal, avec un souffle chaud et un ciel bleu : la carte postale. Route sans encombre jusqu’à Malaga, le vent forcit un peu sur la fin. L’ombre au tableau est cet appel lancinant sur le canal 16 de sécurité, signalant toutes les ½ heures qu’un voilier a perdu un homme à la mer entre la Maroc et Malaga, et appelant les navires sur zone à être vigilants. Jusqu’au soir, mais sans succès hélas.
On arrive à Benalmadena avec l’impression d’entrer dans une sorte de Disneyland du tourisme de bord de mer, mais un Disneyland dont les Mickey et autres Babar seraient les touristes eux-mêmes (et bien sûr, nous en serions les seuls spectateurs). Port immense, parsemé d’îlots résidentiels avec bateau et auto garés au plus près du paillasson. Une grande voie piétonne – et commerciale - fait le tour du port, et permet aux braves gens de baver devant ce luxe offert en attraction, et à nous de savourer des allures et dégaines qui sont un récital de caricatures.
Mais le plus frappant est cet ensemble architectural signé Barbapapa !
Tout en formes que l’on dirait façonnées par des enfants lors d’un concours de châteaux de sables. Ça n’est pas laid. Simplement étrange.
Christian et Marie-Françoise sont arrivés aussi : nous avions eu un échange radio le matin et avions évoqué les difficultés de trouver un port. Une heure plus tard la radio nous interpelle : « Nanou appelle Charivari ». Nanou – que nous ne connaissions pas mais qui nous avais entendus discuter par radio - cherchait un abri pour le soir et nous demandait conseil. Donc un jeune couple sympa, Nanou et Thierry sur un petit Fifty de 33 pieds baptisé Nanou, est arrivé aussi à Benalmadena. Ils sont pressés d’arriver en Corse :Thierry –militaire en poste sur les sémaphores de la côte – est muté de l’île d’Yeu à Bonifacio, et ils doivent y être la semaine prochaine. Il se souvient du nom de Charivari pour nous avoir entendus converser par radio en septembre dernier lorsque nous sommes passés du côté de l’île d’Yeu ! Ils sont repartis ce matin à l’aube, alors qu’on annonce un coup de vent. Nanou trouve parfois que c’est dur, car ils brûlent les étapes : elle raconte en rigolant : « Thierry m’a laissé à la barre avec 30 nœuds de vent dans Gibraltar la nuit, il est allé dormir et j’avais toute la toile… ». Des durs ! Nanou est « canotière » sur les bateaux de la SNSM : « les naufragés apprécient de voir une femme, ça les rassure ». Coïncidence, nous voyons arriver un Maracuja, « Zigzag » de Jean-Yves et Annick. L’équipage est sympa, et nous nous retrouvons vite autour d’un verre dans le carré de Charivari pour écouter leurs histoires (chacune vaudrait un chapitre) ; Pierre l’un des passagers est président de la SNSM de l’île d’Aix, et sa femme est aussi « canotière ».
Nous recevons des nouvelles de Jo et Josiane, qui nous précèdent d’une centaine de milles. Ils ont eu du mal vendredi, finissant avec 30 nœuds de vent dans le nez, sur une mer forte et hachée, sous la pluie. Leur ancre s’est décrochée et a cogné fort sur l’étrave qui a souffert.
Nous avons du mal à comprendre la météo d’ici. On nous annonçait un coup de vent violent pour ce WE. Ici nous n’avons rien vu passer, sinon des hordes de japonais. Mais il semble qu’à proximité il y ait eu pas mal de vent et de mer. Par contre, quand nous avions force 7 jeudi dernier, la météo nous prévoyait un tout petit 2 à 3.
Nous attendons Benjamin et Emilie qui nous rejoignent demain pour une semaine : bonheur !
Bises à toutes et à tous.