(Message sans les accents : clavier british)
Nous quittons le mouillage pour une breve escale a Gibraltar, le temps d'acheter un guide de navigation qui nous manquait pour la route a venir. Debut de conflit diplomatique : nous croyions avoir tout bon : drapeau britanique hisse, harnais sur nous... mais j'ai omis d'appeler les autorites par radio avant d'accoster. Ils ont du croire a une invasion de bretons : j'etais en ville en train de chercher une librairie, quand je me suis fait severement interpeller par le personnel du port, et vigoureusement inviter a venir declarer que mes intentions n'etaient que touristiques.
Vers 11 heures nous partons vers le large sans avoir bien regarde les conditions de courant. 1/4 d'heures plus tard nous rencontrions une mer affreuse : un vent de 27 noeuds qui visiblement prenait a contre un courant violent. Seconde tentative avec 2 ris, mais apres quelques minutes j'estime qu'il est dangeureux de poursuivre d'autant que l'on ne sait ce qu'il y a de l'autre cote a l'Est de Gibraltar. Demi-tour donc.
Nous avons repris notre place dans la marina. Je consulte le guide fraichement achete : effectivement nous avons tente une sortie dans les pires conditions, courant de pres de 3 noeuds contre vent force 7, et nous en avions pour 3 heures... Nous sortirons demain a l'aube, en phase avec les elements.
Promenade dans Gibraltar. Bof, que du touriste ! Mais parmi eux nous avons le plaisir de tomber sur Marc et Catherine qui viennent d'arriver !
Bises a toutes et a tous.
mercredi 29 avril 2009
Un peu tard a Gibraltar
Mardi 28 avril : A midi pile, comme si on s’était donné le mot, nous étions 6 à prendre le chenal de Barbate pour partir sur Gibraltar. Je pense que nous avons tous fait le même raisonnement, après ces jours d’attente: la météo annonce de l’ouest 4 à 5, il faut partir le plus tôt possible quitte à faire les 3 premières heures contre le courant, en en bavant un peu (mer contre courant, pas bon ça !), puis débouler sur Gibraltar avec 3 nœuds de courant portant pendant 3 heures. Stratégie qui doit nous permettre d’arriver avant le classique coup de vent du soir sur Gibraltar.
Total et résultat du raisonnement, départ à midi. Nous étions tous d’accord sur la stratégie, ça rassure. Nous étions 2 français, 1 hollandais, 1 suédois, 1 belge et 1 non identifié…
Au départ, pendant que je hissais la voile, Maman pousse un grand cri : elle a vu surgir devant nous un dos de poisson qu’elle m’assure gigantesque, sûrement une baleine me dit-elle ! Petit force 4 au départ, mer chaotique pendant 3 heures, mais très sympa : on régatait, on ne s’est pas perdus de vue.
Au départ, pendant que je hissais la voile, Maman pousse un grand cri : elle a vu surgir devant nous un dos de poisson qu’elle m’assure gigantesque, sûrement une baleine me dit-elle ! Petit force 4 au départ, mer chaotique pendant 3 heures, mais très sympa : on régatait, on ne s’est pas perdus de vue.
Et nous arrivons un peu tard pour éviter la mauvaise humeur de l’Eole local : le ciel se couvre, la mer devient noire, blanche et nerveuse, un gros nuage couvre les sommets et un gros temps avec rafales atteignant 32 nœuds nous tombe dessus. Slalomer entre les gros qui ont toutes les priorités nous prendra 1 bonne heure, avec la grand-voile seule et un ris, avant de jeter l’ancre dans un vague abri de la partie espagnole, qui fait frontière avec la partie britannique de Gibraltar et porte le joli nom de « La Linea » (de démarcation !).
Il parait qu’ici des loubards viennent crever les annexes : je vais dormir dedans.
Bises à toutes et à tous.
Bises à toutes et à tous.
dimanche 26 avril 2009
Charrie pas, Charivari !
Nous sommes donc repartis le 1er avril, pour la seconde saison sur Charivari : saison « Méditerranée ».
Mais pour nous, le 1er avril aura duré 3 semaines…
Je raconte notre galère, maintenant que nous avons pris assez de recul pour être capables d’assaisonner le récit d’un zeste d’humour. Mais autant vous dire qu’au cours de cette incroyable série noire, le moral a fait du yoyo et nous avons décidé 10 fois de vendre Charivari sur le champ.
Mercredi 1er avril : nous voici donc à pied d’œuvre, au sens littéral du terme : l’œuvre c’est la coque de Charivari posée sur le quai, et que nous devons repeindre en 2 jours.
Le pied, c’est parce que nous ne pouvons monter à bord pour démarrer le chantier : toute la « réglementaire attitude » et toute la nonchalance hispaniques nous tombent dessus d’un coup, après ce voyage sans histoire de Paris à Séville, en compagnie de Brigitte et Olivier. En effet depuis que nous avons quitté Chipiona, les autorités portuaires ont décidé qu’il serait désormais interdit aux propriétaires des bateaux mis à sec, de travailler eux-mêmes sur leur bateau, ni même de monter à bord non accompagnés… Tout cela parce que – parait-il – un propriétaire repeignant sa coque se serait heurté à un poteau de soutènement de son bateau. Bilan : 2 morts. C’est dire la confiance qu’ils ont dans le talent de leurs manutentionnaires.
Donc on nous accueille avec un grand sourire, mais on nous refuse tout prêt d’échelle pour monter à bord : le statut de propriétaire nous assimile définitivement à celui de nigaud maladroit.
Enfin tout finit par s’arranger et nous obtenons même le droit de faire le carénage nous-mêmes, car notre bateau avait été mis à sec avant la nouvelle réglementation, ce qui d’évidence nous mettait, administrativement parlant, à l’abri d’une éventuelle chute de bateau.
Le soir nous nous promenons dans Chipiona appréciant ses couleurs magnifiques et l’harmonie de son architecture, rencontrant avec émerveillement nos premières processions andalouses de la Semana Santa.



Samedi 4 avril : tout se déroule à merveille jusqu’à ce jour. Charivari, repeint de frais, descend dans le sas de mise à l’eau, porté par le « travel-lift » piloté par l’ineffable Jose Lopez. A bord j’ai fait venir Chiqui Moretta, jeune patron du chantier Moretta qui m’avait fait quelques travaux mécaniques, afin de valider son travail et notamment la repose de l’hélice (un modèle compliqué qui exige un peu d’expérience au remontage). Quand le bateau touche l’eau, tout va très vite : je réveille le moteur en espérant qu’il a bien hiverné. Il tourne sans problème, mais surprise ! Quand je mets en marche avant, le bateau recule… Chiqui pâlit un peu, et Olivier qui assiste à la manœuvre me crie l’évidence : « l’hélice est montée à l’envers ! ». Je ne peux attendre, et je sors en marche avant en mettant la manette des gaz sur marche arrière. Second geste urgent : descendre la dérive, car sans elle Charivari au moteur se pilote comme une savonnette sur une patinoire. J’actionne le circuit hydraulique : rien. Dérive coincée haute ! Sans doute par un excès de peinture…
Nous arrivons tant bien que mal à la place réservée dans le port. Chiqui me propose alors tout simplement d’inverser les câbles de commande de la manette des gaz pour que la marche avant redevienne marche avant… Je proteste que l’inverseur (la boîte de vitesse du bateau) n’est pas fait pour ça, mais j’atteins assez vite les limites de sa compréhension de la langue anglaise, aussi me donne-t-il le numéro de téléphone de Papy Moretta, retraité mais encore plein d’autorité sur le chantier : lui parle anglais, me dit avec soulagement Chiqui. Papy me propose élégamment de payer une remise au sec de Charivari pour réparer la bêtise de fiston. Dont acte, réunion de travail à bord avec Papy et un autre mécanicien du chantier : Roberto, un Hollandais taciturne, devenu mécano à Chipiona il y a 15 ans, sans doute pour refaire la caisse du bord : son bateau est dans le port, à vendre. C’est un homme totalement dénué d’humour, et absolument sûr de lui. Il analyse le problème avec tellement d’assurance que je ne doute pas une seconde de ses talents. Je lui confie en outre le soin de décoincer la dérive. Rendez-vous est pris pour mettre Charivari au sec lundi matin.
Dimanche 5 avril : On aimerait souffler… Vivre sur un bateau amputé sape le moral. Je prépare l’annexe et arme son petit moteur qui a hiverné bien rincé et graissé : misère ! L’arbre est coincé… J’entreprends alors d’ouvrir la trappe de visite qui me permettrait d’accéder à la dérive pour essayer de la décoincer : la seule vis que j’arrive à desserrer me permet de constater que la trappe est légèrement sous la ligne de flottaison : l’eau gicle par le petit trou de la vis… Il faudra donc profiter de la mise à sec pour faire l’opération. Ce que Papy Moretta négocie immédiatement par un partage des frais de mise à sec…
Lundi 6 avril : Le travel-lift est en panne pour la journée. Opération reportée à demain. Je contacte Gabriel, le mécanicien dont j’avais apprécié le talent en octobre et à qui j’avais initialement confié le travail à faire sur Charivari, mais dont le chantier a fait faillite en janvier. Depuis j’avais gardé le contact avec lui, car il est en train de monter sa propre société de maintenance et réparation mécaniques nautiques avec son ami Francesco ; mais les compères se heurtent à toute la rigueur administrative des autorités portuaires pour avoir l’autorisation de travailler sur les bateaux au sec. En mars il n’avait pu me garantir d’être autorisé à faire le travail à temps aussi m’étais-je reporté sur le fameux chantier Moretta. Gabriel repart avec le petit moteur d’annexe que je crois définitivement mort. Il me rappelle 1 heure après pour me dire qu’il a décoincé l’arbre, noyé dans une gangue de sel séché…
Mardi 7 avril : le vent souffle à près de 30 nœuds dans le port, il est totalement exclu de déplacer Charivari sans dérive par ce temps, on casserait tout dans le port. Olivier et Jo qui sont sur ma trajectoire erratique probable me le confirment avec insistance. D’ailleurs le travelt-list ne fonctionne pas dans ces conditions.
Nous devons abandonner définitivement notre programme qui consistait à remonter sur 80 km le Guadalquivir jusqu’à Séville, d’y accueillir vendredi Julie, Chloé, Mathieu et Amandine, puis de redescendre le fleuve avec eux. Il serait en effet risqué de sortir le bateau demain mercredi : si les problèmes n’étaient pas résolus en 1 jour, ou si le travel-lift tombait en panne, Charivari nous serait inaccessible et nous perdrions le gîte et le couvert jusqu’à lundi prochain car c’est la « semana santa », personne ne travaille et les hôtels sont pleins… Que ferait-on alors de nos petits hôtes ?
Nous reportons la sortie de l’eau à lundi prochain…
Mercredi 8 avril : Nous nous mettons en quête d’une voiture de location pour aller chercher Julie et ses petits. Même réponse partout : il ne reste pas une seule voiture de location dans toute l’Andalousie. Reste le bus : ça sera exotique ! (4 heures aller-retour).
Vendredi 10 avril : Nous partons à l’aube pour profiter de Séville et de ses charmes inépuisables avant l’arrivée de Julie. Nous suivons l’une des plus fameuses processions, celle de la Magdalena. Surprenante cette ferveur populaire !



Les milliers de pénitents, au visage dissimulé sous la coiffe pointue très KKK, suivent les statues du Christ et de la Mater Dolorosa : ils nous semblaient exotiques jusqu’à ce que nous constations, à l’occasion d’un arrêt prolongé du cortège, qu’un bon tiers marchaient pieds nus depuis la veille à minuit (il était 13 heures), le gant recouvert de la cire de leur cierge : ça n’est certainement pas une partie de plaisir. J’aurais peut-être dû le faire pour exorciser Charivari…
Retour nocturne en bus à Chipiona avec nos petits et leur maman : nous retrouvons le vent glacial qui balaie la région depuis quelques jours. Charivari accueille tout ce monde comme il peut : en hôtel flottant, faute de mieux.
Dimanche de Pâques : Les cloches ont largué des œufs en chocolat non seulement sur Charivari mais aussi sur le bateau de Jo et Josiane. Chloé qui sait depuis peu que le merveilleux n’est qu’une invention d’adulte, en éprouve la fierté des initiés de frais : elle nous lance des regards de connivence et sourit devant l’incroyable naïveté de Mathieu et Amandine, mais ne réduit pas pour autant son quota de récolte.
Le soir nous allons dîner chez Manuella avec Josiane, Jo, Olivier et Brigitte pour fêter dignement Pâques. En sortant, nous tombons dans la nuit sur Jose Lopez, le chef du travel-lift mais aussi ancien propriétaire des grands viviers maritimes enchâssés sur le rivage de Chipiona. Il porte des cuissardes, une lampe frontale et … un grand, un vrai sabre et un harpon pour aller pêcher le poisson pris dans les viviers : Mathieu en fait des yeux encore plus ronds que de coutume : un chevalier des mers surgissant de la nuit ! D’autant que Jose lui fait une énergique démonstration de l’usage qu’il fait de son sabre quand il attrape un gros poisson.
Lundi 13 avril : Jour tant attendu de la remise au sec pour résoudre tous nos problèmes. Belle journée sans vent. Nos amis, Brigitte et Olivier, Josiane et Jo, se mettent en 4 pour héberger nos petits, avec cabine réservée à leur bord si Charivari n’était pas remis à l’eau ce soir. Marc (arrivé avec Catherine la veille sur un splendide Cigale, un grand quillard du même chantier que notre OVNI, un vrai palace) nous aidera de son zodiac à faire tourner Charivari si balourd sans dérive.
Le chantier s’ouvre à la première heure (10h30, nous sommes en Espagne). Roberto s’attaque à l’hélice, pendant que Papy Moretta, après avoir ouvert la trappe de visite et tapé 2 coups secs sur la dérive sans la décoincer, se met en tête que c’est le circuit hydraulique qu’il faut réparer. Il attaque le démontage d’une cloison… Je lui demande expressément d’insister. Il retape. Françou m’appelle de dehors ; je sors avec une mine excédée ; elle me montre une mine réjouie car d’en bas elle voit ce que je ne puis voir : la dérive descend doucement. Ouf !
Le soir, Charivari retrouve le sas. Moteur en route. Marche avant. Charivari part en marche arrière… Roberto pâlit, et semble furieux. Nous avançons vers notre place dans l’autre partie du port. Soudain je me rends compte que la manette des gaz est coincée, je ne puis plus débrayer ni mettre en marche arrière pour freiner. J’étais engagé dans un couloir en impasse, vent arrière assez fort, des bateaux de chaque côté. J’évite de justesse un petit bateau qui manœuvrait (j’ai le temps de lire la frayeur dans le regard de ses passagers). Françou a le réflexe de couper le moteur. Nous allons encore beaucoup trop vite, et j’en suis à choisir le bateau que je vais défoncer pour m’arrêter. Olivier était à bord, heureusement : J’aperçois un ponton libre parallèle à notre course, je viens le tangenter en frottant mon bel alu contre son bois, Olivier saute comme un cow-boy en rodéo, et frappe en un tour de main une amarre au taquet du ponton : coup de frein magistral. Nous avons eu chaud.
S’en suivent des heures de palabres avec les Moretta’s-brothers. En gros ils estiment que l’inverseur est cassé, et c’est la raison pour laquelle le bateau marche à l’envers, qu’il faut le démonter, et l’envoyer à Madrid pour une réparation qui va demander une dizaine de jours. La manette aussi est jugée cassée et non réparable : je leur demande donc d’en commander une neuve…
Au passage je découvre que le joint de la trappe de visite ouverte pour décoincer la dérive, est mal refait et fuit tranquillement. Marc, accouru pour nous soutenir, fait remarquer à Roberto qu’un tel joint demande plusieurs heures de séchage avant remise à l’eau. Colère de Roberto qui le prend de haut en disant qu’il n’a pas de leçons à recevoir. Mais il va passer des heures à beurrer la trappe de colle Epoxy pour y noyer sa bêtise.
Le soir Gabriel, flanqué de son copain Francesco passe nous voir. Il découvre la situation et me convainc de ne pas laisser faire les charlots ; que eux sont de vrais mécaniciens, et peuvent si nécessaire réparer eux-mêmes un inverseur; de plus ils ne sont pas sûrs que ça soit nécessaire, il faut d’abord rechercher la vraie cause de ce qui s’est passé ! Je réserve ma réponse jusqu’à demain.
Mardi 14 avril : Après une nuit peu sereine, ma décision est prise, j’embauche l’ange Gabriel et Saint François. Reste à l’annoncer à Chiqui et à Roberto. J’étais à la capitainerie quand Françou me rejoint pour me dire que les Moretta’s sont à bord en train de démonter l’inverseur… Je bondis et leur annonce que le marché a changé de main. Ils passent de l’étonnement au ricanement (en passant par la colère pour Roberto) quand je leur explique que c’est Gabriel qui fera le travail et réparera la manette et l’inverseur lui-même.
J’avais demandé à Moretta de me remorquer jusqu’à la place qui nous était dévolue, car une drague attendait pour s’amarrer et pelleter dans l’eau à la place que nous occupions depuis le « crash ». Malgré leur amertume, ils s’en acquittent, mais à leur manière… A défaut de bateau pour me remorquer, Chiqui se poste à la barre d’un air assuré. Il tient le câble d’accélérateur, tandis que Roberto dans le moteur manœuvre l’inverseur de force à la main. Bien sûr, la manœuvre fut périlleuse et loufoque et nous avons failli 2 fois percuter de gros objets très coûteux amarrés sur notre trajet, dont « Passager du vent », le bateau de Marc qui observait la scène d’un air ébahi. Je ne voulais pas intervenir, pour ne pas déflorer le recours à leur propre assurance si ça avait mal tourné. Charivari finit tant bien que mal par se poser.
Mercredi 15 avril : Au matin, Gabriel et Francesco investissent le bord avec leur grosse caisse à outils. Les petits et Julie – c’est pas des vacances ! -libèrent les couchettes
pour permettre l’accès au moteur. Nos artistes commenceront par régler plusieurs défauts susceptibles d’éliminer le problème qui est apparu, notamment en réalignant l’arbre du moteur et en bloquant ses boulons de fixation qui n’étaient pas serrés (depuis quand ???). Ayant l’œil à tout, ils remarquent qu’en remontant le pot de mélange des gaz et de l’eau de mer, Moretta l’avait déplacé et qu’il frottait contre une poutrelle métallique : d’après Gabriel, en 3 heures de marche au moteur c’en était fait : le pot se perçait, ce qui en mer signifie panne de moteur et entrée d’eau de mer… La manette (théoriquement indémontable) a été démontée, vérifiée, remise en place et bien réajustée. Enfin quelques essais ont montré que le moteur découplé de l’hélice, tournait avant-arrière et débrayait sans problème : pour eux, il n’y a aucun problème de manette ni d’inverseur. Conclusion à valider le lendemain par un essai long, hélice couplée.
Nous décidons de louer une voiture pour aller revoir Séville, histoire de nous changer les idées et de distraire nos pauvres chéris, bien frustrés qui, en guise de croisière andalouse, n’auront fait que des ronds dans le port en zodiac…
Olivier me rappelle, un peu soucieux, que mon hélice brassait bien fort dans l’eau… J’en rêve la nuit, n’osant imaginer l’inimaginable, me poser la question que nul ne s’était encore posée : et si à nouveau l’hélice était montée à l’envers ?
Jeudi 16 avril : Je demande à Gabriel de le vérifier… Elle est montée à l’envers. Et elle brasse au point que le moteur peine à dépasser 1000 tours/minute. J’appelle Moretta. Il est navré-désolé. Bien sûr il assume et paiera la remise au sec de Charivari. J’exige que le remontage soit fait sous le contrôle de Gabriel qui, s’il n’a pas le droit de travailler sur le quai, peut regarder et parler. Ça fait « gloup » chez Moretta, mais ils acceptent.
Je décide que ça ne sera pas avant lundi, afin que l’on puisse au moins sauver la fin de séjour avec Julie… Et l’on part sur le champ à Séville pour nous distraire.
Visite de charme, on joue à se perdre dans le labyrinthe végétal des jardins de l’Alcazar, on s’étonne de voir des oranges aux arbres, des calèches à cheval, des vitrines pleines de jolies choses féminines que Julie essaie.
Vendredi 17 avril : Gabriel confirme qu’à son avis la cause du blocage d’inverseur est le montage désastreux de l’hélice qui non seulement doit être inversé, mais dont les pales doivent être remontées à 90° de leur position normale : l’hélice tourne avec un angle d’attaque proche de 60° au lieu des 22° requis… J’organise une réunion tripartite entre les Moretta et Gabriel et Francesco pour convenir de la méthode de travail. Je suis assez surpris de voir que les zozos acceptent assez bien désormais de recevoir des directives.
Notre charmante Brigitte a l’idée d’organiser un goûter avec tous les équipages français pour fêter le départ de Julie et ses chéris que tous ont adoptés, ainsi que nos prochains départs respectifs de Chipiona. Nous nous retrouvons chez Manuella, gérante de ce charmant resto devenu notre cantine, et qui nous accueille toujours par une bise sonore. Josiane et Brigitte nous régalent de gâteaux, et Manuella offre la tournée, d’autant plus volontiers que Brigitte lui a rendu sa copie : la traduction en français de sa carte ! Arrivée de Babeth et Claude : la relève à bord du camping-car Charivari… Julie nous quittera demain matin. Chagrin.
Lundi 20 avril : On nous annonce que le travel-lift est en panne depuis samedi, et que 6 bateaux attendent d’être descendus avant nous. Ça se présente mal mais nous sommes blasés.
Je vais prendre ma douche matinale. Surprise d’y découvrir un désagrément assez contrariant : rupture du biceps droit… Popeye n’est plus mon cousin, mon pauvre muscle gît en boule au creux du coude, auréolé d’un bleu magistral. Depuis 6 mois j’avais un tendon douloureux et cette rupture était une issue possible (un chirurgien m’avait même proposé de couper tout de suite le tendon pour faire disparaitre la douleur). Disons que le moral s’en ressent un peu. Mes deux médecins de cœur Jef et Sylvie me rassurent : on en survit. En attendant je ne dois pas forcer pendant 2 semaines. Pas facile en bateau.
En définitive Charivari sera sorti à l’aube (11H). Je l’ai mené difficilement au sas, la manette se coinçant à nouveau. Je suis venu y mourir moteur coupé et nous l’avons rentré à la main en nous halant sur les amarres. Remontage de l’hélice fait sous contrôle de Gabriel, RAS. J’en profite pour faire refaire le joint de la trappe de visite de la dérive dans les règles de l’art. A 17h30 Charivari est remis à l’eau. J’ai embarqué tout mon monde. Essai en mer à 3200 tours : impeccable, l’inverseur marche sans accroc et le bateau file dans la vague. Chiqui qui m’avait bassiné toute la journée en me disant qu’il faudra quand même réparer l’inverseur, lève les deux pouces en faisant une moue confite, sa façon de reconnaître que tout est parfait maintenant.
Je passe chez Moretta pour récupérer la manette neuve livrée ce matin, en ayant l’intention de ma la faire offrir. Papy me déclare qu’on lui a déjà couté beaucoup d’argent, alors pourquoi un cadeau ? Furieux je repars en leur laissant la manette sur les bras, ce qui fait râler la secrétaire. Faible compensation. Nous pouvons partir, Charivari et son capitaine (bientôt crochet) sont prêts.
Mardi 21 avril : Enfin nous quittons Chipiona… Cap sur Rota, avec Babeth et Claude. Sans vent, mais on a chaud, et c’est si bon d’être débarrassés de ce vent fort et froid qui balaie la côte depuis 15 jours. Jolie petite ville. 

Mercredi 22 avril : Cap sur Barbate de Franco, le port d’attente pour passer Gibraltar vers la Méditerranée. Vent quasi nul encore, et c’est sous un soleil brûlant que nous découvrons à deux pas la côte marocaine et Tanger, tout en longeant le cap Trafalgar et ses falaises claires qui font de la baie un vrai solarium.
Dimanche 26 avril : Jeudi et vendredi, le vent d’Est assez fort ne nous autorisait pas à passer Gibraltar (il faut conjuguer vent d’Ouest et courant de flot pour passer). Hier samedi un vent d’Ouest vigoureux, le Ponente, s’est levé et balaie toute les zones avant et après Gibraltar, rendant impossible le passage (on n’est pas Kersauzon).
Barbate est un port d’attente…
Nous sommes allés visiter le plus joli petit village andalou qui soit : Vejer de la Frontera, avec une féria en prime.
Ce matin, sous une pluie battante et des rafales à plus de 35 nœuds dans le port, nous avons reconduit Babeth et Claude au bus pour Cadix, puis Séville où ils prennent leur avion ce soir.
On passera Gibraltar demain peut-être… ou plutôt mardi ! Les pêcheurs nous ont dit qu’il y aurait encore beaucoup de vent demain !
Nous avons eu des nouvelles de Brigitte et Olivier qui, partis samedi 18 sont au Maroc où ils comptaient passe quelques jours. Josiane et Jo ont fait un passage mouvementé de Gibraltar. Nous devrions nous retrouver tous sur le Costa del Sol.
Bises à tous et à toutes !
Mais pour nous, le 1er avril aura duré 3 semaines…
Je raconte notre galère, maintenant que nous avons pris assez de recul pour être capables d’assaisonner le récit d’un zeste d’humour. Mais autant vous dire qu’au cours de cette incroyable série noire, le moral a fait du yoyo et nous avons décidé 10 fois de vendre Charivari sur le champ.
Mercredi 1er avril : nous voici donc à pied d’œuvre, au sens littéral du terme : l’œuvre c’est la coque de Charivari posée sur le quai, et que nous devons repeindre en 2 jours.
Donc on nous accueille avec un grand sourire, mais on nous refuse tout prêt d’échelle pour monter à bord : le statut de propriétaire nous assimile définitivement à celui de nigaud maladroit.
Enfin tout finit par s’arranger et nous obtenons même le droit de faire le carénage nous-mêmes, car notre bateau avait été mis à sec avant la nouvelle réglementation, ce qui d’évidence nous mettait, administrativement parlant, à l’abri d’une éventuelle chute de bateau.
Le soir nous nous promenons dans Chipiona appréciant ses couleurs magnifiques et l’harmonie de son architecture, rencontrant avec émerveillement nos premières processions andalouses de la Semana Santa.
Nous arrivons tant bien que mal à la place réservée dans le port. Chiqui me propose alors tout simplement d’inverser les câbles de commande de la manette des gaz pour que la marche avant redevienne marche avant… Je proteste que l’inverseur (la boîte de vitesse du bateau) n’est pas fait pour ça, mais j’atteins assez vite les limites de sa compréhension de la langue anglaise, aussi me donne-t-il le numéro de téléphone de Papy Moretta, retraité mais encore plein d’autorité sur le chantier : lui parle anglais, me dit avec soulagement Chiqui. Papy me propose élégamment de payer une remise au sec de Charivari pour réparer la bêtise de fiston. Dont acte, réunion de travail à bord avec Papy et un autre mécanicien du chantier : Roberto, un Hollandais taciturne, devenu mécano à Chipiona il y a 15 ans, sans doute pour refaire la caisse du bord : son bateau est dans le port, à vendre. C’est un homme totalement dénué d’humour, et absolument sûr de lui. Il analyse le problème avec tellement d’assurance que je ne doute pas une seconde de ses talents. Je lui confie en outre le soin de décoincer la dérive. Rendez-vous est pris pour mettre Charivari au sec lundi matin.
Dimanche 5 avril : On aimerait souffler… Vivre sur un bateau amputé sape le moral. Je prépare l’annexe et arme son petit moteur qui a hiverné bien rincé et graissé : misère ! L’arbre est coincé… J’entreprends alors d’ouvrir la trappe de visite qui me permettrait d’accéder à la dérive pour essayer de la décoincer : la seule vis que j’arrive à desserrer me permet de constater que la trappe est légèrement sous la ligne de flottaison : l’eau gicle par le petit trou de la vis… Il faudra donc profiter de la mise à sec pour faire l’opération. Ce que Papy Moretta négocie immédiatement par un partage des frais de mise à sec…
Lundi 6 avril : Le travel-lift est en panne pour la journée. Opération reportée à demain. Je contacte Gabriel, le mécanicien dont j’avais apprécié le talent en octobre et à qui j’avais initialement confié le travail à faire sur Charivari, mais dont le chantier a fait faillite en janvier. Depuis j’avais gardé le contact avec lui, car il est en train de monter sa propre société de maintenance et réparation mécaniques nautiques avec son ami Francesco ; mais les compères se heurtent à toute la rigueur administrative des autorités portuaires pour avoir l’autorisation de travailler sur les bateaux au sec. En mars il n’avait pu me garantir d’être autorisé à faire le travail à temps aussi m’étais-je reporté sur le fameux chantier Moretta. Gabriel repart avec le petit moteur d’annexe que je crois définitivement mort. Il me rappelle 1 heure après pour me dire qu’il a décoincé l’arbre, noyé dans une gangue de sel séché…
Mardi 7 avril : le vent souffle à près de 30 nœuds dans le port, il est totalement exclu de déplacer Charivari sans dérive par ce temps, on casserait tout dans le port. Olivier et Jo qui sont sur ma trajectoire erratique probable me le confirment avec insistance. D’ailleurs le travelt-list ne fonctionne pas dans ces conditions.
Nous devons abandonner définitivement notre programme qui consistait à remonter sur 80 km le Guadalquivir jusqu’à Séville, d’y accueillir vendredi Julie, Chloé, Mathieu et Amandine, puis de redescendre le fleuve avec eux. Il serait en effet risqué de sortir le bateau demain mercredi : si les problèmes n’étaient pas résolus en 1 jour, ou si le travel-lift tombait en panne, Charivari nous serait inaccessible et nous perdrions le gîte et le couvert jusqu’à lundi prochain car c’est la « semana santa », personne ne travaille et les hôtels sont pleins… Que ferait-on alors de nos petits hôtes ?
Nous reportons la sortie de l’eau à lundi prochain…
Mercredi 8 avril : Nous nous mettons en quête d’une voiture de location pour aller chercher Julie et ses petits. Même réponse partout : il ne reste pas une seule voiture de location dans toute l’Andalousie. Reste le bus : ça sera exotique ! (4 heures aller-retour).
Vendredi 10 avril : Nous partons à l’aube pour profiter de Séville et de ses charmes inépuisables avant l’arrivée de Julie. Nous suivons l’une des plus fameuses processions, celle de la Magdalena. Surprenante cette ferveur populaire !
Retour nocturne en bus à Chipiona avec nos petits et leur maman : nous retrouvons le vent glacial qui balaie la région depuis quelques jours. Charivari accueille tout ce monde comme il peut : en hôtel flottant, faute de mieux.
Dimanche de Pâques : Les cloches ont largué des œufs en chocolat non seulement sur Charivari mais aussi sur le bateau de Jo et Josiane. Chloé qui sait depuis peu que le merveilleux n’est qu’une invention d’adulte, en éprouve la fierté des initiés de frais : elle nous lance des regards de connivence et sourit devant l’incroyable naïveté de Mathieu et Amandine, mais ne réduit pas pour autant son quota de récolte.
Le soir nous allons dîner chez Manuella avec Josiane, Jo, Olivier et Brigitte pour fêter dignement Pâques. En sortant, nous tombons dans la nuit sur Jose Lopez, le chef du travel-lift mais aussi ancien propriétaire des grands viviers maritimes enchâssés sur le rivage de Chipiona. Il porte des cuissardes, une lampe frontale et … un grand, un vrai sabre et un harpon pour aller pêcher le poisson pris dans les viviers : Mathieu en fait des yeux encore plus ronds que de coutume : un chevalier des mers surgissant de la nuit ! D’autant que Jose lui fait une énergique démonstration de l’usage qu’il fait de son sabre quand il attrape un gros poisson.
Lundi 13 avril : Jour tant attendu de la remise au sec pour résoudre tous nos problèmes. Belle journée sans vent. Nos amis, Brigitte et Olivier, Josiane et Jo, se mettent en 4 pour héberger nos petits, avec cabine réservée à leur bord si Charivari n’était pas remis à l’eau ce soir. Marc (arrivé avec Catherine la veille sur un splendide Cigale, un grand quillard du même chantier que notre OVNI, un vrai palace) nous aidera de son zodiac à faire tourner Charivari si balourd sans dérive.
Le chantier s’ouvre à la première heure (10h30, nous sommes en Espagne). Roberto s’attaque à l’hélice, pendant que Papy Moretta, après avoir ouvert la trappe de visite et tapé 2 coups secs sur la dérive sans la décoincer, se met en tête que c’est le circuit hydraulique qu’il faut réparer. Il attaque le démontage d’une cloison… Je lui demande expressément d’insister. Il retape. Françou m’appelle de dehors ; je sors avec une mine excédée ; elle me montre une mine réjouie car d’en bas elle voit ce que je ne puis voir : la dérive descend doucement. Ouf !
Le soir, Charivari retrouve le sas. Moteur en route. Marche avant. Charivari part en marche arrière… Roberto pâlit, et semble furieux. Nous avançons vers notre place dans l’autre partie du port. Soudain je me rends compte que la manette des gaz est coincée, je ne puis plus débrayer ni mettre en marche arrière pour freiner. J’étais engagé dans un couloir en impasse, vent arrière assez fort, des bateaux de chaque côté. J’évite de justesse un petit bateau qui manœuvrait (j’ai le temps de lire la frayeur dans le regard de ses passagers). Françou a le réflexe de couper le moteur. Nous allons encore beaucoup trop vite, et j’en suis à choisir le bateau que je vais défoncer pour m’arrêter. Olivier était à bord, heureusement : J’aperçois un ponton libre parallèle à notre course, je viens le tangenter en frottant mon bel alu contre son bois, Olivier saute comme un cow-boy en rodéo, et frappe en un tour de main une amarre au taquet du ponton : coup de frein magistral. Nous avons eu chaud.
S’en suivent des heures de palabres avec les Moretta’s-brothers. En gros ils estiment que l’inverseur est cassé, et c’est la raison pour laquelle le bateau marche à l’envers, qu’il faut le démonter, et l’envoyer à Madrid pour une réparation qui va demander une dizaine de jours. La manette aussi est jugée cassée et non réparable : je leur demande donc d’en commander une neuve…
Au passage je découvre que le joint de la trappe de visite ouverte pour décoincer la dérive, est mal refait et fuit tranquillement. Marc, accouru pour nous soutenir, fait remarquer à Roberto qu’un tel joint demande plusieurs heures de séchage avant remise à l’eau. Colère de Roberto qui le prend de haut en disant qu’il n’a pas de leçons à recevoir. Mais il va passer des heures à beurrer la trappe de colle Epoxy pour y noyer sa bêtise.
Le soir Gabriel, flanqué de son copain Francesco passe nous voir. Il découvre la situation et me convainc de ne pas laisser faire les charlots ; que eux sont de vrais mécaniciens, et peuvent si nécessaire réparer eux-mêmes un inverseur; de plus ils ne sont pas sûrs que ça soit nécessaire, il faut d’abord rechercher la vraie cause de ce qui s’est passé ! Je réserve ma réponse jusqu’à demain.
Mardi 14 avril : Après une nuit peu sereine, ma décision est prise, j’embauche l’ange Gabriel et Saint François. Reste à l’annoncer à Chiqui et à Roberto. J’étais à la capitainerie quand Françou me rejoint pour me dire que les Moretta’s sont à bord en train de démonter l’inverseur… Je bondis et leur annonce que le marché a changé de main. Ils passent de l’étonnement au ricanement (en passant par la colère pour Roberto) quand je leur explique que c’est Gabriel qui fera le travail et réparera la manette et l’inverseur lui-même.
J’avais demandé à Moretta de me remorquer jusqu’à la place qui nous était dévolue, car une drague attendait pour s’amarrer et pelleter dans l’eau à la place que nous occupions depuis le « crash ». Malgré leur amertume, ils s’en acquittent, mais à leur manière… A défaut de bateau pour me remorquer, Chiqui se poste à la barre d’un air assuré. Il tient le câble d’accélérateur, tandis que Roberto dans le moteur manœuvre l’inverseur de force à la main. Bien sûr, la manœuvre fut périlleuse et loufoque et nous avons failli 2 fois percuter de gros objets très coûteux amarrés sur notre trajet, dont « Passager du vent », le bateau de Marc qui observait la scène d’un air ébahi. Je ne voulais pas intervenir, pour ne pas déflorer le recours à leur propre assurance si ça avait mal tourné. Charivari finit tant bien que mal par se poser.
Mercredi 15 avril : Au matin, Gabriel et Francesco investissent le bord avec leur grosse caisse à outils. Les petits et Julie – c’est pas des vacances ! -libèrent les couchettes
Nous décidons de louer une voiture pour aller revoir Séville, histoire de nous changer les idées et de distraire nos pauvres chéris, bien frustrés qui, en guise de croisière andalouse, n’auront fait que des ronds dans le port en zodiac…
Olivier me rappelle, un peu soucieux, que mon hélice brassait bien fort dans l’eau… J’en rêve la nuit, n’osant imaginer l’inimaginable, me poser la question que nul ne s’était encore posée : et si à nouveau l’hélice était montée à l’envers ?
Jeudi 16 avril : Je demande à Gabriel de le vérifier… Elle est montée à l’envers. Et elle brasse au point que le moteur peine à dépasser 1000 tours/minute. J’appelle Moretta. Il est navré-désolé. Bien sûr il assume et paiera la remise au sec de Charivari. J’exige que le remontage soit fait sous le contrôle de Gabriel qui, s’il n’a pas le droit de travailler sur le quai, peut regarder et parler. Ça fait « gloup » chez Moretta, mais ils acceptent.
Je décide que ça ne sera pas avant lundi, afin que l’on puisse au moins sauver la fin de séjour avec Julie… Et l’on part sur le champ à Séville pour nous distraire.
Vendredi 17 avril : Gabriel confirme qu’à son avis la cause du blocage d’inverseur est le montage désastreux de l’hélice qui non seulement doit être inversé, mais dont les pales doivent être remontées à 90° de leur position normale : l’hélice tourne avec un angle d’attaque proche de 60° au lieu des 22° requis… J’organise une réunion tripartite entre les Moretta et Gabriel et Francesco pour convenir de la méthode de travail. Je suis assez surpris de voir que les zozos acceptent assez bien désormais de recevoir des directives.
Notre charmante Brigitte a l’idée d’organiser un goûter avec tous les équipages français pour fêter le départ de Julie et ses chéris que tous ont adoptés, ainsi que nos prochains départs respectifs de Chipiona. Nous nous retrouvons chez Manuella, gérante de ce charmant resto devenu notre cantine, et qui nous accueille toujours par une bise sonore. Josiane et Brigitte nous régalent de gâteaux, et Manuella offre la tournée, d’autant plus volontiers que Brigitte lui a rendu sa copie : la traduction en français de sa carte ! Arrivée de Babeth et Claude : la relève à bord du camping-car Charivari… Julie nous quittera demain matin. Chagrin.
Lundi 20 avril : On nous annonce que le travel-lift est en panne depuis samedi, et que 6 bateaux attendent d’être descendus avant nous. Ça se présente mal mais nous sommes blasés.
Je vais prendre ma douche matinale. Surprise d’y découvrir un désagrément assez contrariant : rupture du biceps droit… Popeye n’est plus mon cousin, mon pauvre muscle gît en boule au creux du coude, auréolé d’un bleu magistral. Depuis 6 mois j’avais un tendon douloureux et cette rupture était une issue possible (un chirurgien m’avait même proposé de couper tout de suite le tendon pour faire disparaitre la douleur). Disons que le moral s’en ressent un peu. Mes deux médecins de cœur Jef et Sylvie me rassurent : on en survit. En attendant je ne dois pas forcer pendant 2 semaines. Pas facile en bateau.
En définitive Charivari sera sorti à l’aube (11H). Je l’ai mené difficilement au sas, la manette se coinçant à nouveau. Je suis venu y mourir moteur coupé et nous l’avons rentré à la main en nous halant sur les amarres. Remontage de l’hélice fait sous contrôle de Gabriel, RAS. J’en profite pour faire refaire le joint de la trappe de visite de la dérive dans les règles de l’art. A 17h30 Charivari est remis à l’eau. J’ai embarqué tout mon monde. Essai en mer à 3200 tours : impeccable, l’inverseur marche sans accroc et le bateau file dans la vague. Chiqui qui m’avait bassiné toute la journée en me disant qu’il faudra quand même réparer l’inverseur, lève les deux pouces en faisant une moue confite, sa façon de reconnaître que tout est parfait maintenant.
Je passe chez Moretta pour récupérer la manette neuve livrée ce matin, en ayant l’intention de ma la faire offrir. Papy me déclare qu’on lui a déjà couté beaucoup d’argent, alors pourquoi un cadeau ? Furieux je repars en leur laissant la manette sur les bras, ce qui fait râler la secrétaire. Faible compensation. Nous pouvons partir, Charivari et son capitaine (bientôt crochet) sont prêts.
Mercredi 22 avril : Cap sur Barbate de Franco, le port d’attente pour passer Gibraltar vers la Méditerranée. Vent quasi nul encore, et c’est sous un soleil brûlant que nous découvrons à deux pas la côte marocaine et Tanger, tout en longeant le cap Trafalgar et ses falaises claires qui font de la baie un vrai solarium.
Dimanche 26 avril : Jeudi et vendredi, le vent d’Est assez fort ne nous autorisait pas à passer Gibraltar (il faut conjuguer vent d’Ouest et courant de flot pour passer). Hier samedi un vent d’Ouest vigoureux, le Ponente, s’est levé et balaie toute les zones avant et après Gibraltar, rendant impossible le passage (on n’est pas Kersauzon).
Barbate est un port d’attente…
Nous sommes allés visiter le plus joli petit village andalou qui soit : Vejer de la Frontera, avec une féria en prime.
Qu’elles sont belles toutes ces femmes en robe longue qui font virevolter sur leurs chevilles les volants de leurs robes serrées sur des tailles de gazelles, marchant d’un pas menu et pressé dans la poussière que foulent aussi des chevaux andalous dansant sous les ordres de cavaliers immobiles et habillés comme des seigneurs.
Ce matin, sous une pluie battante et des rafales à plus de 35 nœuds dans le port, nous avons reconduit Babeth et Claude au bus pour Cadix, puis Séville où ils prennent leur avion ce soir.
On passera Gibraltar demain peut-être… ou plutôt mardi ! Les pêcheurs nous ont dit qu’il y aurait encore beaucoup de vent demain !
Nous avons eu des nouvelles de Brigitte et Olivier qui, partis samedi 18 sont au Maroc où ils comptaient passe quelques jours. Josiane et Jo ont fait un passage mouvementé de Gibraltar. Nous devrions nous retrouver tous sur le Costa del Sol.
Bises à tous et à toutes !
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