Une fête qui prenait le relai du « baptême » impromptu organisé par les enfants jeudi soir : nous avions vu arriver tous les amis proches et la famille, les fauteuils pour les mamas, les tables et l’apéro, installés sur le ponton près de Charivari. Genre « ils sont venus, ils sont tous là ! », rayonnants et gais : on a même sacrifié une bouteille de cidre tiède pour un simulacre de « pchitt » qui a fait « flop » sur l’étrave. Mais du vrai champagne pour les gosiers !
Depuis des jours, un charmant tohu-bohu familial envahissait la Romone (la maison de famille de Quiberon), et Françoise avait fort sagement décidé que nous irions chaque soir de la dernière semaine dormir à bord de Charivari. Mais dans ces conditions un peu particulières, toutes les nuits à bord furent difficiles : tenus éveillés par l’angoisse du départ, avec toujours cette grosse boule à l’estomac, et l’impression de nous lancer dans une folie, et de n’être pas capable d’aller jusqu’à ce but qui parait si inaccessible…. Mais aussi tristesse de ne pas être assez disponibles pour nos enfants et petits enfants. Ajoutez à cela que Charivari profite de la moindre brise pour entamer un solo de cornemuse que le mât amplifie et transforme en sinistre chant de tempête, qui vient résonner dans notre cabine située en dessous : tout ce qu’il faut pour rêver à des navigations difficiles !
Mais nos 3 zigotos ont bien déridé l’ambiance en faisant un exubérant simulacre d’adieu chaque soir quand nous partions dormir à bord avec notre brosse à dent, et un simulacre de retrouvailles quand nous revenions prendre la douche le matin… ça dédramatise ! Nous partons, et nous libérons de la pesanteur de cette longue préparation. Quelle émotion de voir arriver des petits groupes d’enfants et d’amis sur le ponton, de faire le dernier câlin aux petits qui ont envahi le carré une dernière fois…
Et il y a tous ceux de Kerniscob que nous avions bisé le matin et qui avaient préféré aller sur la côte nous regarder partir de loin (je sais, Papa, que tu nous as surveillés longtemps dans tes jumelles)...
Mais l’émotion et l’action ne font pas bon ménage, aussi nous accélérons le processus du départ. On largue les amarres, volontairement sans aide, un coup de marche arrière et c’est parti. Un peu froidement sans doute. Mais une sorte de distance s’est déjà créée. Pourtant, dès le premier ponton viré, c’est un plaisir de nous retourner et de voir ces êtres chers nous faire des gestes affectueux d’adieu. Le départ prend alors, enfin, un visage joyeux !
Je pense à ce que doit être un vrai grand départ, pour une course transatlantique en solitaire, et notre amie « skipper », Cécile Poujol, doit bien sourire en lisant ces lignes un peu naïves…
Notre intention était d’aller à Houat tout simplement pour décompresser. Arrivée rapide, nous y sommes en 2 heures. Mouillage sous le soleil et devant cette superbe grand-plage (y en aura-t-il de plus belles plus loin ?). On profite des dernières douceurs du temps, un coup de vent brutal est annoncé dans tout le golfe de Gascogne pour lundi soir jusqu’à mercredi : dès l’aube lundi nous quittons ce beau mouillage : cap sur Noirmoitier, d’où nous envoyons ce message en attendant que ça se calme.
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