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Charivari, troisième (et dernière) séquence!

dimanche 27 septembre 2009

La semaine du tonnerre (Elbe & Corse, du 17 au 27 septembre)

Cet orage n’était qu’un début , nous en croiserons pendant 8 jours, et nous allons nous efforcer de les éviter, de courir devant. Mais pour l’instant nous sommes bien coincés sur l’île Elbe et allons par sympathie visiter la maison de Napo entre deux gros orages diluviens.
Nous finissons par nous sentir un peu chez nous dans ce gros bourg plein de charme.
Mais le temps passe, et nous devons être à Porto-Vecchio samedi soir pour accueillir nos hôtes : nous avions une semaine de marge lorsque nous sommes arrivés sur Elbe, mais nous n’arriverons que deux heures avant eux à Porto Vecchio…
Repartis de Portoferraio vendredi matin nous avons fait une bonne navigation claire jusqu’à la Corse, atterrissant à Taverna avant l’orage du soir. Taverna est un port un peu oublié, et passablement envasé : notre dérive a plusieurs fois labouré le fond, dégageant une bonne odeur terrienne de vase. Enfin, c’est plus exactement un ex-grand projet de petite marina de luxe qui n’a pas eu le succès escompté, et se laisse doucement embourber.
Nous repartons à l’aube malgré une promesse d’orages, faisant confiance à la clarté du ciel matinal, et espérant couvrir sans encombre les 50 milles qui nous séparent de Porto Vecchio. De gros cumulo-nimbus s’accrochent à la montagne, donnant une impression de puissance contenue, mais leur blanc immaculé dans le bleu du ciel, et leur aspect bonhomme tout en rondeurs leur donne un air inoffensif. Les fourbes ! Vers midi, l’un d’eux, au dessus de Solenzara, s’affaisse et noircit en 10 minutes, puis lance l’artillerie avec un gros coup de semonce qui glace le sang, pour attirer l’attention du public comme les 3 coups au théâtre. Il est juste là sur la côte par notre travers, et déjà les grains se forment, grosses colonnes blanchâtres qui tombent en oblique sur le sol, comme la colère de Dieu.
Nous en appelons à Popeye pour forcer l’allure jusqu’à 8 nœuds et, si possible, échapper à la Chose. Merci Popeye, nous resterons toujours dans les tribunes du spectacle, à la frontière entre le bleu et le sale. Ce fut impressionnant. J’ai aussi découvert que les éclairs sont facétieux et peu disciplinés : j’ai vu l’un sortir du terrain pour aller se payer une gourmandise – en l’occurrence un relai hertzien en haut d’un mont – qui crânait dans le ciel bleu, bien loin du champ de bataille. Du coup j’ai regardé mon mât avec circonspection.
Arrivés dans le grand Golfe de Porto Vecchio, un frangin du premier orage nous accueille. Les rafales nous font appréhender de rentrer dans le port, aussi jetons-nous l’ancre pour attendre dehors : nous avons ressorti les vestes de quart, oubliées depuis l’Atlantique ! Bien sûr, la foudre est tombée pas loin pendant que je mettais l’ancre : on s’habitue à tout, et j’ai laissé tomber les petits pas de geisha.
Accueil inexistant : malgré nos appels depuis ce matin, le port ne répond pas… Nous sommes samedi, bienvenue en Corse ! Alors on demande aux uns et aux autres où nous mettre et là, bonjour la sympathie : « Pas ici en tout cas vous êtes trop gros ! » nous lance un groupe en colère en train d’essayer de déloger de leur ponton un anglais un peu plus grand que nous, qui vient de s’y amarrer. Nous décidons de nous octroyer une place au quai d’honneur. Classe ! C’est là, sous un doux soleil revenu, qu’un taxi nous amène Sylvie et Jef.
La météo est infecte et me met le moral dans les chaussettes, malgré la joie d’accueillir nos hôtes, ou plutôt à cause de la déception de devoir envisager de rester sur place plusieurs jours : c’est en effet des orages « avec fortes rafales » qui sont au menu tous les jours jusqu’à mardi soir, suivis d’une période de pluies jusqu’à perte de vue.
Dimanche nous sortons quand un orage s’annonce. Nous croisons un pêcheur qui nous le montre du doigt, comme pour nous mettre en garde. Etonnés de croiser un corse volubile, nous sommes sur nos gardes, et nous jetons l’ancre pour attendre que ça se passe. Beau début de croisière : nous avons parcouru ½ mille.
Jef commence à développer une théorie sur la façon dont les volutes des nuages d’orage s’enroulent et se déplacent d’une façon qui semble erratique mais dont il aurait percé le secret. Il fait de grands gestes qui pourraient sembler incantatoires, mais qui sont une démonstration gestuelle d’un théorème personnel dont il ressort une direction un peu floue (il y a une grande marge d’erreur reconnait l’auteur de la théorie) qui pourrait être celle que prendra l’orage dans un proche avenir. Quelle joie dans son regard quand, 2 heures plus tard, l’orage est parti en ayant indiscutablement emprunté à un moment ou à un autre, la direction théoriquement annoncée.
Nous n’irons ce jour là pas plus loin que le fond du Golfe, chercher un petit mouillage tranquille et un peu lagunaire plein de charme.
Le lendemain lundi, nous décidons de mettre à profit une accalmie jusqu’au soir et de vents sereins pour passer les Bouches de Bonifaccio, en contournant les belles îles Lavezzi. Nous jetons l’ancre en fin d’après midi dans la magnifique crique de Roccapina, juste nettoyée par un grain qui s’achève quand nous arrivons. Le site est exceptionnel, et quelle baignade mes amis, sous l’œil du fameux lion de Roccapina.


Le bateau est mouillé derrière quelques cailloux et brisants qui prennent de belles couleurs au couchant. Le dîner dans le cockpit se passe en regardant défiler les grains, et en comptant les éclairs simultanés d’un orage qui s’acharne sur un coin de mer derrière nous.
Le lendemain matin, nous n’avons pas beaucoup le choix, il faut passer sur la côte occidentale avant que ça ne s’aggrave par ici, sinon nous risquons de rester coincés. J’appréhende un peu car la météo n’est pas claire « 4 à 6, pluies et averses, orages locaux avec fortes rafales » et il nous faut passer la pointe de Senetosa avant d’être à l’abri de la terre. Nous avons un peu de mal à envoyer la voile dans le clapot. Puis nous courons devant les grains, qui s’annoncent par un trait blanc comme une vague barrant l’horizon, ayant effacé tout le paysage derrière elle dans une soupe confuse. C’est la fête aux arcs-en-ciel : ils sont des guirlandes de fête sur une côte tristement décolorée par le gris du mauvais temps.
Nous arrivons dans le Golfe de Valinco, et tirons des bords jusqu’à Propriano sur une mer lisse et un vent de terre. Propriano est juste une petite ville banale, pas folle de tourisme. Le souvenir ému sera celui que garderont nos papilles, du délicieux resto où nous entrainent Sylvie et Jef.
Dilemme, ce mercredi matin : d’après les fichiers de vent que j’ai rentrés ce matin, j’estime qu’il vaut mieux ne pas s’attarder en Corse les jours suivants. Nous sommes un peu bas, et comptions remonter en 2 jours jusqu’à Calvi pour traverser de vendredi à samedi vers le continent. Mais les fichiers donnent les prémices de ce qui va se confirmer dans 24h : coup de vent. Nous décidons de remonter un peu vers Cargèse, de faire halte dans une petite crique sympa pour le bain du soir, et de faire route vers Porquerolles dès aujourd’hui, en soirée.
La crique de la Figuera, dans le Golfe de Lava, a tenu la promesse : calme, sauvage, belle avec ses bois impénétrables qui déboulent dans la mer. Une eau claire et chaude. De là, gonflés à bloc, nous partons vers Porquerolles à 115 milles, cap au 300.
Débuts un peu mous et vent dans le nez, avec Popeye pour garder les 5 nœuds. Puis le vent est venu, un peu plus fort que prévu, mais ¾ arrière ce qui était du gâteau ! Quand la houle, reste du mauvais temps des jours précédents, s’est calmée, et que j’ai remonté la moitié de la dérive, le bateau a trouvé tout son rythme en glissant et vibrant, assez insensible aux coups des vagues. Seule une vague claquant la coque par l’arrière a fait une fois la pluie dans le cockpit : je venais de dire à Jef que c’était bien de ne pas recevoir des paquets d’eau… La mer a des oreilles. Vers 2h nous avons même pris un second ris et roulé la moitié du génois, sans beaucoup le ralentir dans un vent qui oscillait entre 20 et 25 nœuds.
Nous avions fait des quarts de 2 heures : Jef et Françou, Sylvie et moi. Mais Jef n’a pas voulu retourner se coucher après son second quart, et Sylvie a donc été obligée de rester au lit, testant les boules Quiès. Conclusion : inefficaces. Très confiant dans mon équipage, j’ai même passé du temps sur ma couchette, ce que je ne faisais jamais.
Arrivée sur Porquerolles vers 16h30 : fatigués mais ravis, ce fut une belle traversée. La météo nous apprend que ça se gâte sur la Corse, avis de coup de vent, orages dans le sud… Nous nous sommes faufilés en tirant le meilleur du temps !
Vendredi, visite découverte à Port-Cros qui enchante Jef et Sylvie. Le temps est tiède, il fait bon à marcher sur les sentiers boisés juste frais, la plage du sud nous offre un bain tiède au milieu de gros poissons curieux. Rentrée au mouillage à Porquerolles juste au moment où le soleil rouge plonge dans la mer. Et samedi matin au petit jour, sac et valise dans l’annexe un peu humide, nous débarquons l’équipage qui rentre à Rouen pour soigner les pauvres grippés. C’était du bonheur.
Nous comptons passer cette semaine à Porquerolles pour préparer le bateau à la vente, et le faire visiter, mais aussi profiter de cette île que nous aimons tant. La semaine prochaine nous regagnerons Port Saint Louis du Rhône pour rendre sa liberté à Charivari…

mercredi 16 septembre 2009

Un cas rare à Carrara (du 11 au 16 septembre)

Avant de vous raconter Carrara, je veux revenir un instant sur ces grands yachts à moteur qui foisonnent tant que les ports, flairant l’argent, sont en train de dénaturer leurs métiers d’accueil et de sécurité, en consacrant tous leurs services et leurs efforts de développement à cette élite. Alors nous nous sommes dit qu’il fallait nous adapter, et nous avons fait des essayages : ici, à Menton, Françou teste un petit canapé de pont qui nous tendait les bras sur un modeste yacht

voisin. Pas convaincant : c’est plus chic que confortable. Par ailleurs, autour de certains grands ports comme Cannes, le trafic de ces engins est dantesque, et nous pauvres voiliers devons nous faufiler. Comme sur cette trace où l’on voit Charivari (rouge) se faire tout petit pour croiser un bateau, qui plus est s’appelle « l’Inévitable » et vient sur nous, tout en se faisant rattraper par un autre gros piège qui vient aussi sur nous , nous rendant impossible toute manœuvre d’évitement. Sur ce coup là on a pris notre dose de vague croisée, mais ils ont aimablement répondu à mon grand signe amical ponctué d’un « connards » bien frappé.
Donc nous avons fait escale au port de Carrara… En route nous avions croisé dans la purée de poix ces drôles d’engins rapides :

pas des super-yachts, mais des canadairs écopant dans la fumée d’un autre incendie, sur les fameuses Cinque Terre, ces 5 villages et leurs vignobles inaccessibles accrochés à leur montagne, face à la mer.
Carrara donc : surprenant ! D’abord, venant du large on découvre des montagnes que l’on croirait enneigées, et le cadre évoque un peu le lac d’Annecy en hiver.

En fait elles sont éventrées, certaines à demi consommées, laissant voir leurs entrailles de marbre blanc. Quand on s’approche, on découvre une forêt de grues jaunes qui contribuent au sacrifice en faisant ingurgiter ce beau marbre de Carrare à des cargos, qui un jour auront réussi à déplacer ces montagnes.
Au milieu de cette industrieuse activité, Carrara abrite un port de plaisance unique. Quand nous arrivons, une petite barque vient à notre rencontre pour nous indiquer notre place. 2 ormeggiatori (les marineros italiens) dans la barque, 2 sur le ponton : il fallait cela, car l’exercice est plus intellectuel que physique… 2 petites bouées flottent sur l’emplacement, il faut donc s’engager sur l’élan pour ne pas prendre l’hélice, et le coup de frein est aléatoire. Charivari embrasse un peu le ponton. Je comprendrai l’émotion que cela suscite : en fait le ponton est une structure légère faite pour débarquer, pas pour y attacher les bateaux, encore moins pour les arrêter. On doit attraper 4 pendilles amarrées à de vieilles grosses chaînes rouillées.

Encore faut-il trouver les 4 cordages correspondant à l’emplacement, attachés au ponton dans un fouillis incroyable. C’est là que commence l’exercice qui sollicite tout le savoir de notre comité d’accueil : l’exercice a duré ¼ d’heure ! Car il faut partir d’un bout, retirer les paquets de moules qui y ont élu résidence, suivre le filin dans l’eau jusqu’à derrière le bateau, retrouver les innombrables connexions qui apparient les pendilles, et recommencer car on a sorti le chaîne du voisin. Quant aux petites bouées, pièges à hélices, elles étaient censées nous permettre d’attraper 2 des 4 pendilles au passage, les 2 autres leur étant attachées. Mais c’est la théorie. Visiblement la plus grande confusion règne, et les moules aussi d’ailleurs.

Quant au ponton, c’est un très long passage un peu sinueux, fait de vieilles planches posées et totalement disjointes, qu’il faut suivre sur une centaine de mètres avant de rejoindre la terre ferme. Je fus saisi d’admiration en voyant une très gracieuse jeune italienne chaussée de talons aiguilles, parcourir le ponton d’un pas rapide et assuré, sans jamais vaciller : les italiens ont de l’élégance en toutes circonstances. Sur le quai, nous trouvons un yacht club un peu vieillot où quelques messieurs âgés jouent aux cartes sur une terrasse coincée entre un ferry qui fait du vacarme et une avenue bruyante, mais sereins comme s’ils se trouvaient sur le pont d’un grand yacht. Nos hôtes sont charmants et nous annoncent qu’ici, la première nuit est gratuite. Ils ne doivent pas faire leur beurre car l’attrait touristique des lieux est assez modeste, et je doute que l’on y reste 2 jours. Carrara est une ville sans charme, mais qui s’offre des trottoirs et même des caniveaux en marbre blanc.
Après Carrara, nous n’avons pas trop le choix car les ports sont rares sur cette côte : ça sera Livorno. Nous y allions avec un a priori, pensant que c’était une cité industrieuse et donc moche. Nous avons découvert une belle ville, très animée. De nombreux canaux, envahis d’une myriade de petits canotes, découpent Livorno en quartiers qui ont le charme de l’authenticité (ici peu de tourisme). Parfois une gargote est installée au bord de l’eau, parfois on se croirait à Venise. Les immeubles sont de solides et belles bâtisses aux façades colorées.
Au matin suivant, nous faufilant entre 2 départs de ferry (avez-vous déjà suivi un ferry dans un chenal ? On se croirait dans les tourbillons de courant du golfe du Morbihan), nous quittons le port de Livorno, cap sur l’île d’Elbe. La grande rade de Portoferraio est assez bien protégée, et l’arrivée est magnifique. Nous arrivons assez tôt, et en entrant dans le vieux port j’ai cru rêver : il était quasiment vide ! Les bateaux se mettent cul à quai autour du port, et la photo que j’en ai sous les yeux dans le guide montre un port bondé. Mais le comité d’accueil est bien là et nous explique que le port se remplit très vite de bateaux de passage, il n’y a pas de résidents. Effectivement le port sera plein le soir. Petit tour en ville, très jolie : vieilles bâtisses et escaliers, jusqu’à la maison de Napoléon : l’Empereur n’est pas là, nous reviendrons lundi matin.
Mais l’Empereur attendra : lundi matin nos allons jeter l’ancre dans la rade, à un endroit que Françou qualifie d’idyllique : au dessus d’une plage, un relief couvert de palmiers et de pins parasols, surmonté d’une vieille construction plantée sur un pic pyramidal : on se croirait au Mexique. Nous venions de déjeuner, et sans vouloir altérer sa béatitude, je lui fais remarquer qu’il est imprudent de qualifier un mouillage d’idyllique, il peut aussi bien devenir infernal. Dix minutes après nous étions en fuite sous un gros grain d’orage qui a soulevé en un rien de temps un vigoureux clapot venant de la mer. Nous trouvons un mouillage mieux protégé de l’autre côté de la rade et y passerons une nuit sereine jusqu’à l’aube où un gros orage nous secouera. J’étais sous les trombes d’eau en train de rajouter de la chaîne pour assurer la tenue de l’ancre dans les rafales, quand la foudre est tombée pas loin : Françou a eu plus peur que moi. Mais je suis rentré vite, en essayant pour me rassurer, de faire comme Kersauzon : courir en faisant de tous petits pas, pour limiter la différence de potentiel entre les deux jambes si la foudre venait à tomber. Ce qui m’a réellement rassuré… c’est que personne ne me voyait.
Ce soir nous sommes revenus au port, car un coup de vent est annoncé pour la nuit et demain. Mercredi matin, Empereur, nous irons chez toi. Puis jeudi la météo devrait être acceptable. Nous mettons le cap sur la Corse où Sylvie et Jef nous rejoignent.
Bises à toutes et à tous.

lundi 14 septembre 2009

Golfe de Genes... sans Genes (du 6 au 11 septembre)

Le vent se calme, et dimanche matin nous pouvons partir vers l’Italie. En quittant Porquerolles, nous saluons le vieux fort de la baie d’Alicastre et le rocher des Mèdes, qui tient toujours la pose. Charivari fait un galop jusqu’en rade d’Agay, charmant mouillage après Saint Raphael. Au soleil couchant le petit phare à tête rouge embusqué dans la pinède donne à la pointe qui nous abrite une ressemblance frappante avec Port-Manech… Mais le Belon n’y est pas, et les jolies villas derrière nous sont bien provençales.
Nous ferons étape à Menton le jour suivant : quelle jolie petite ville ! Si ce n’était ce stupide commerce de plagiste qui confisque le sable et la mer au public, les ôtant même à la vue des promeneurs, pour en faire un bien de consommation tarifé. Nous constaterons que ce mal, heureusement assez peu répandu en France, a gangréné toute l’Italie.
Le jour suivant nous entrons en Italie. Vers midi, sur une mer paisible seulement remuée par une grosse houle je vois au loin un troupeau de moutons blancs batifoler et préviens Françou que le vent vient : il est urgent de tout caler dans le bateau. Dix minutes après il est là, en plein dans le nez. La mer devient mauvaise car les vagues fraiches croisent la houle, ce qui donne à notre piste une allure très cassante : les paquets d’eau que nos heurtons ont une forme pyramidale qu’il est difficile de négocier : Charivari tape et freine souvent. Notre grande sagesse nous inspire de décrocher vers le premier port, car le perspective de passer 4 ou 5 heures à lutter contre vent et mer ne nous enthousiasme pas vraiment. Le port d’Imperia est juste sous le vent : nous abattons. Puis, un peu chahutés, nous affalons juste à l’entrée. Nous entrons dans un grand avant-port où un vaste chantier promet une belle future marina-pompe-à-fric. Nous appelons la capitainerie pour quémander une place: je n’ai pas d’inquiétude, nous voyons un grand quai aménagé presque vide, qui semble réservé aux grands Yachts: il y aura bien un espace pour notre petit yacht. Réponse péremptoire : « completo ! », c’est complet, passez votre chemin braves gens ! J’insiste un peu, mais n’obtiens que la réponse têtue « completo ! ». Non capisco, je ne comprends pas… et en toute mauvaise foi je vais me poser le long du grand quai. Plus tard, un employé viendra poliment nous demander de nous déplacer un peu car ils attendent un yacht de 62 mètres dans la soirée (il y en a déjà un de 80m !) … C’est vrai qu’à ce rythme ça sera vite complet.
Mais la nuit, le ressac entre dans cette partie du port, et ce qu’un grand yacht peut supporter, Charivari le peut moins : un roulis infernal nous secoue et nous drosse sur le lit de défenses que nous avons disposé entre coque et quai. Comme la chèvre de monsieur Seguin, Charivari a tenu toute la nuit, et au petit matin, à l’instant précis où je sortais le nez, son gros taquet d’amarrage arrière s’est arraché : je n’ai eu que le temps de récupérer le bateau qui se mettait en travers. Derrière nous, 3 bateaux de pêche venus se mettre à couple sur ce quai, larguent leurs amarres en me faisant signe de partir vite en mer comme eux, que le coin devient malsain.
Ce soir là nous arrivons à Varazze (un peu avant Gêne) que le guide nautique (édition 2007) nous présente comme « un charmant petit port pas cher à l’atmosphère détendue, simple et décontracté, endroit plaisant où les propriétaires bricolent sur leurs bateaux ». Que nenni ! C’est devenu une marina moderne pour gros yachts, les petits pêcheurs locaux sont parqués dans une réserve ethnologique, et l’accueil de voiliers comme Charivari n’intéresse visiblement personne : on nous place loin, au milieu de gros trucs à moteur vides, bonjour l’ambiance. Nous devons faire ¼ d’heure de marche à pied pour remplir les papiers dans un salon grand luxe où l’on nous taxe de 110€ pour une nuit ! Heureusement, la ville toute proche a le charme fleuri d’une station de la Riviera. Mais les Italiens ont perdu toutes leurs plages, qui sont recouvertes de ridicules parasols et transats privés… Seul, de loin en loin un couloir d’une dizaine de mètres offre un droit d’accès à la mer, souvent partagé entre le public nécessiteux et à un déversoir douteux. Réveille-toi Peuple d’Italie, on t’a volé tes plages !
Le 10 au soir, nous jetons l’ancre dans la baie de Sestri Levante. Très joli paysage, malheureusement enfumé par un gros incendie qu’une noria de Canadair tente de maitriser. Il y a plusieurs foyers, assez dispersés. Nous ne descendrons pas à terre, le bateau roule beaucoup.
Vendredi, nous visions d’atteindre Viareggio, près de Pise, mais un coup de fil nous indique que ce port n’est pas à la hauteur de notre bourse. Nous nous arrêtons donc au port de Carrara, d’où part le marbre de Carrare, extrait de la montagne derrière la ville. Nous ne serons pas déçus : c’est bien le port de plaisance le plus rustique que nous ayons rencontré, et ça valait le détour. Je vous raconterai au prochain envoi, je manque de temps en écrivant ces lignes du port de Portoferraio dans l’île d’Elbe.
Bises à toutes et à tous.

samedi 5 septembre 2009

On dirait le Sud (du 29 août au 5 septembre)

Ce bout de Port Gardian où nous sommes amarrés à nos deux pieux nous aura, à lui seul, restitué de plein fouet l’image oubliée du peuple de Marseille. Comme nous sommes en bout de ponton, chaque sortie nous fait traverser le « village » de ces bateaux-cabanons. On essaie de ne pas déranger : chacun s’active à faire la sieste, palabrer, préparer le pistou ou, but ultime de cette activité trépidante, boire enfin l’anisette.
Les « Petits » arrivent vendredi soir, et retrouvent avec plaisir Charivari qu’ils avaient quitté à Chipiona, au temps des emmerdements. Mais pour eux les repères sont intangibles et Amandine, à peine à bord, nous demande où est passé son dessin, qui n’est plus collé à sa place dans le carré. On doit attendre que le mistral passe, mais les Saintes Maries offrent beaucoup de distractions, le sable est chaud, la mer est tiède et les flamants roses sont au rendez-vous dans le soleil couchant tout orange sur l’étang. Et puis il y a les distractions du bord,

où l’on aime friser les interdits comme celui qui concerne cette chère corne de brume.
En attendant que le mistral cesse, Luc a donné libre cours à son talent de grimpeur pour aller nettoyer nos barres de flèche.


J’ai eu le vertige pendant toute sa voltige.
Nous avions rendez-vous avec le temps calme dimanche après midi : j’apprécie vraiment le logiciel de Météo-France « Navimail », couplé au modèle météo « Europe » : depuis notre départ de Valence, il nous a donné des prévisions très fiables, ce que je croyais impossible en Méditerranée. Ainsi, il nous avait prévu l’arrêt brutal du mistral dimanche à 14h, ce qui fut le cas.
Temps de demoiselle. Pourtant Amandine a eu quelques difficultés à s’amariner…
Luc et Chloé se sont disputé la barre (avec talent ),
pendant que Julie faisait bronzette sur le pont,
qu’Amandine, anéantie, digérait son comprimé de « Mer-calme »,
et que le studieux Mathieu suivait les cours de pêche de Mamoune et de navigation de Bon’pa.
Ils repartent, ils ne verront plus Charivari.
Lundi, cap sur Marseille ! Décision de dernière minute, prise avec l’envie de faire une escale dans le Vieux Port, pour une approche inattendue de cette ville. Nous y arrivons avec un vigoureux vent d’Est dans le nez. Quelle beauté, Marseille qui regarde la mer (on ne la voit pas comme cela depuis la terre)! Et son relief ! La Société Nautique de Marseille qui nous avait réservé une place ce matin, avait mangé la consigne… Mais le Bosco, tout en gentillesse, nous en trouve une on ne peut mieux placée devant la « Librairie Maritime et d’Outremer » :
la seule course que j’avais à faire à Marseille était un guide maritime.
Nous avions prévenu quelques-uns de notre arrivée, et Charivari a reçu des amis chers pour un apéro frugal… mais quelle chaleur : un grand moment !
Suivi d’une dégustation de tajines sur la Place aux Huiles, sous les étoiles et dans le vent tiède.
Les quitter sur un quai pour repartir le lendemain de Marseille par la mer nous a laissé une impression étrange.
Mais nous n’y serions pas restés plus longtemps : ça avait de la gueule, surtout la douche sur la péniche du Yacht-club, mais quel tapage toute la nuit !
Cap à l’Est, nous trouvons à nouveau un bon vent dans le nez. Nous longeons des reliefs superbes,
comme cette forme de vampire qui surgit des flots ailes déployées, que prend l’Ile Maire (au bout du Cap Croisette). Nous mettons l’ancre devant l’Ile des Embiez, et repartons au petit jour pour Porquerolles où nous avons envie de trainer un peu : le temps ne nous laissera pas le choix, notre logiciel météo nous avait d’ailleurs averti que nous aurions 3 jours de vent fort.
Premier mouillage en baie d’Alicastre pour le plaisir de retrouver un haut lieu de fête (nous y avions organisé, voici quelques années, une fête des quinquas, tous en voiliers et déguisés en corsaires ; et y étions revenus en famille pour une Fête des mères à la voile). Le matin suivant, les prévisions de vent nous poussent à quitter cette jolie baie pour chercher un meilleur abri, toujours à l’ancre, devant la Plage d’Argent, où nous passons une seconde journée. Mais au matin, la météo modifie la direction du coup de vent annoncé, et prévoit un Nord-ouest musclé (force 8 avec rafales), qui devrait secouer aussi ce mouillage. Nous nous décidons à nous mettre à l’abri dans le port de Porquerolles, et c’est in extremis que nous y entrons pour prendre l’une des dernières places, tant la manœuvre avec les rafales était devenue délicate. Le vent est monté progressivement, et hier soir nous dinions dans le cockpit avec un vent chaud qui a atteint 37 nœuds. Ce port est très mal protégé des vents de Nord-ouest, et nous roulions de façon infernale : peut-être plus finalement que ce que nous aurions ressenti au mouillage…
Nous repartons demain vers l’Italie, pour la bouclette finale qui nous verra repasser par ici dans un mois.
Bises à toutes et à tous !