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Charivari, troisième (et dernière) séquence!

dimanche 6 décembre 2009

On change de rôle à Porquerolles (du 27 septembre au 9 octobre)

Grande semaine de farniente à Porquerolles, une fois n’est pas coutume ! Nous changeons de mouillage au gré des vents dominants : nous ne sommes certes pas dans une île lointaine, mais c’est une île merveilleuse, riche en longues plages bordées d’une magnifique végétation.
On peut jeter l’ancre près du rivage où bon nous semble en cette saison, il n’y a pas foule. Nous aimons aussi les promenades du soir sur les grandes pistes de terre rouge, entre les eucalyptus, quand le travail à bord est fini et que les touristes sont partis : nous retrouvons l’île rendue aux iliens, l’ambiance y est unique.
C’est aussi l’heure du dernier bain quasi-rituel à la Plage d’Argent. Le temps est splendide. Port-Cros n’est pas loin non plus, et nous allons retrouver avec plaisir la plage du Sud, avec ses poissons-copains qui partagent nos bains.

Ce qui est singulier ici, c’est la météo. Je vous livre textuellement le bulletin Marine de Météo-France pour la nuit du 2 au 3 octobre : « à l’ouest de Porquerolles vent de Nord-Ouest 6 à 7, force 8 en début de nuit, mer agitée ; à l’Est de Porquerolles, variable 1 à 3, mer belle ». Donc, en sortant du mouillage, si on tourne à gauche on en prend plein la figure, si on tourne à droite c’est un temps de demoiselle ! Et c’est souvent vrai : le mistral est volontiers erratique, il lui arrive de bifurquer vers la Corse sitôt passé le Cap Sicié, laissant les îles d’Hyères sans voix.
Bref, pour la première fois après près de 4000 milles parcourus, nous n’avons pas de projet de route immédiat, et nous profitons pleinement d’un lieu de charme. Quelle détente ! Même si, par réflexe acquis tout au long de ce voyage, nous – Françou surtout – avons l’impression de gâcher du beau temps de navigation en restant sur l’ancre sans manger nos 50 milles par jour.
Nos journées sont consacrées au bateau, que l’on bichonne avant de le mettre sur le marché... La mise en vente de Charivari nous a donné de faire la connaissance de personnalités intéressantes. Ils sont 5 ou 6 acheteurs sérieux sur les rangs. D’abord le plus ancien : il a découvert le site de vente de Charivari en Août, pendant que je le développais, et m’a appelé avant que j’aie fini de l’écrire, pour me faire quelques observations sur ma mise en page, et pour me dire qu’il voulait absolument acheter notre bateau. Il habite Brest et son métier lui laisse peu de temps pour préparer le bateau de sa retraite. Son projet est de faire le tour du monde par les 3 caps. Il a déjà prévu de ramener Charivari par camion aux chantiers Alubat afin de le conditionner pour les grands froids de l’Antarctique. En août, il avait pris un billet pour venir le voir à Valencia, mais avait raté l’avion… Nous l’attendons mi-octobre.
Trois acheteurs devraient venir voir Charivari à Porquerolles dans la semaine. Le premier nous appelle un soir où les derniers rayons du soleil nous séchaient après le bain du soir : il vient d’Orléans, et s’annonce… en catamaran : «Où êtes-vous mouillés, j’arrive à Porquerolles dans 1/2 heure ? »… juste le temps de rejoindre Charivari à l’ancre devant nous. Rencontre sympathique, bord à bord. Nous aurons aussi reçu Philippe, venu de Paris, avec qui nous avons tiré quelques bords et qui nous a ensuite invités dans le meilleur resto de l’île ! Il s’est avéré que Philippe avait fait son service militaire au bataillon des chasseurs alpins d’Annecy avec mon frère Denis comme compagnon de mauvais coups. Lui aussi prépare sa retraite, mais pas dans l’urgence, et il nous fait une offre qui a failli nous séduire : une copropriété pendant un an, avant l’achat définitif… une belle façon de finir en douceur.
Il y a eu aussi cet appel étonnant, pendant que nous nous promenions dans l’Île, d’un acheteur qui voulait faire de la navigation de réinsertion sociale : Charivari lui paraissait convenir, ce dont ne doutions plus ni l’un ni l’autre après 10 minutes de conversation animée. Vint alors l’offre : un troc, le bateau contre un immeuble de rendement dans une petite ville de la Drôme… Nous avions aussi reçu, à Livorno, l’appel d’un couple plein d’entrain, animé par un beau projet de navigation avec leurs 3 enfants... Projet imminent : la naissance du troisième équipier était attendu la semaine suivante – équipage presque au complet –, et la vente de leur maison devait se faire aussi la semaine suivante – budget presque bouclé ! Charivari est le bateau idéal aux yeux du Papa, qui a déjà beaucoup navigué et même raconté cela dans un livre. Il nous rappellera la semaine suivante pour nous annoncer la naissance de l’équipier, puis la vente de la maison… mais à un prix moindre que prévu ! Hardiment, il tentera dans un long mail argumenté, de nous décider à lui vendre Charivari 10% en dessous du prix demandé, et c’est avec regret que je lui ai dit que je n’étais pas prêt à négocier (plus tard, après que nous aurons signé le compromis de vente avec l’acheteur définitif, il reviendra à la charge en surenchérissant sur le prix initial…).
Bref, ils sont nombreux à rêver sur un bateau comme Charivari, avec de beaux projets de grands voyages. Dans le même temps, la revue « Voiles et Voiliers » parle d’une chute catastrophique du cours des bateaux d’occasion pour cause de crise, de sur-cotation des occasions (encore une bulle !) et d’encombrement des ports. Mais l’OVNI 43 reste une valeur sûre, rare et assez recherchée par des gens qui cultivent leurs projets de longue date, et qui n’auront, pas plus que nous n’en eûmes, de port d’attache. Nous sommes donc sereins.
Tout a une fin, nous quittons à regret les îles d’Hyères pour la dernière étape de notre aventure maritime. Cerise sur le bateau, nous allons enfin pouvoir réaliser un vieux rêve: retrouver Annabella, le bateau de Christiane et Serge.

Ils quittent Port Saint Louis du Rhône et font route sur Porquerolles, quand nous faisons exactement l’inverse ! Nous avions rêvé de longues navigations ensemble… Mais Annabella a été bloquée tout l’été par un très gros problème moteur et ressort pimpante du chantier quand tous ses petits camarades commencent à se mettre en hivernage. Nous devrons donc nous contenter d’une brève rencontre à la sauvette dans une calanque. Nous avions convenu de mouiller dans la calanque de Morgiou, et y arrivons les premiers. Misère ! D’abord le vent - et la vague qui va avec -viennent de Sud-est et chahute les calanques, toutes ouvertes au Sud-est. Pire, quand on se présente pour aller voir si c’est calme au fond, on tombe sur un alignement de bouées jaunes en travers de l’entrée, qui indiquent « mouillage interdit ». Il est tard, je signale par radio à Christiane que l’on revient sur nos pas jusqu’à Sormiou (près de Cassis), un peu protégée du Sud-est et disposant de coffres pour les bateaux de passage. Nous y sommes bien accueillis.
Enfin, Annabella pointe l’étrave, la nuit peut tomber.
Emotion, puis bonne bouffe à son bord.


Au petit matin, par un temps gris, on se quitte un peu tristes.

Nos amis auront vu le dernier départ de Charivari.

Cap sur Port Saint Louis du Rhône, un peu secoués par une mer agitée venant de ¾ arrière. Au large de Marseille, nous ne trouvons plus la côte aussi charmante que lors du précédent passage : question de moral sans doute. La mer n’y met pas du sien, elle est grise et chaotique. Ça ne s’arrange pas en arrivant dans le golfe de Fos, interminable, agité et jaune sale. Nous accostons un ponton de Port Napoléon, envahi de hollandais et de belges (c’est une caractéristique de ce port : il est nordique !) en train de désarmer des bateaux qui, pour la plupart, vont prendre la route par camion pour retrouver de hautes latitudes.

A Port Napoléon, nous avions rendez-vous avec un acheteur qui n’était autre que l’ancien propriétaire de Charivari, celui qui nous avait vendu le bateau… Il ne s’était jamais bien remis de la séparation, et avait cherché tout ce temps un bateau de remplacement sans en trouver l’équivalent. La transaction fut conclue 20 minutes avant que Charivari ne soit sorti de l’eau pour l’hivernage.
Il nous a fallu quelques jours pour vider notre cher bateau. Le vent s’est mis de la partie, il a soufflé jusqu’à 55 nœuds (100km/h), ce qui ne nous rendait pas la tâche aisée : je n’ai ainsi jamais pu dégréer la grand-voile tant la manœuvre aurait été périlleuse. C’est effarant le bruit de ce vent excitant le gréement de centaines de bateaux posés sur leurs bers : un hurlement, un déchirement cosmique qui ne vous laissent jamais les nerfs au repos. Le bateau vibre sur son support, et la nuit se passe comme sur la couchette d’un train secoué sur une mauvaise voie.
Et puis nous avons quitté « notre » Charivari, qui va devenir un bateau fantôme puisqu’il perdra son nom.
Une escale chaleureuse chez Serge et Christiane, où nous retrouvons tous nos vieux potes, nous permet de laisser une partie de la cargaison et de retrouver les charmes d’un lit qui ne bouge pas.

Et voilà, l’aventure est finie… Je n’ai personnellement aucun regret d’avoir du l’arrêter prématurément (pour les raisons que j’expliquais au début du mois d'août) : nous avons profité à fond de cet exceptionnel bateau, et quand je me retourne sur notre route, je la trouve longue, riche et variée (nous avons fait près de 90 escales) : ci-dessous, la grande boucle de Charivari.
Mais on ne peut posséder un bateau de ce calibre sans être en permanence soucieux de le garder à flot, et au meilleur niveau. C’est un souci de chaque instant, que l’on soit à bord ou non. Pour cette raison, j’ai ressenti un réel soulagement quand la vente a été signée. Aucun regret donc, nous irons naviguer ailleurs, plus épisodiquement et sur des bateaux occasionnels, pour retrouver le bonheur d’être sur l’eau.
Je suis reconnaissant à mon marin de m’avoir supporté tous ces mois dans cet espace confiné : je n’ai pas toujours été drôle, la navigation me préoccupait souvent, au détriment de l’humour. Mais l’expérience de la vie à deux sur un bateau est une chose rare, et sa réussite une bénédiction.
Pas de nostalgie non plus, contrairement à Françou qui a versé quelques larmes de tristesse les derniers jours : j’ose le dire, cela m’a fait un plaisir immense, car j’ai toujours eu le sentiment de l’entrainer dans une aventure qu’elle n’avait pas réellement choisie, et la voilà devenu accro ! L’autre jour, passant devant la mer à Quiberon, elle me dit « je me rends compte que je ne peux plus me passer de la mer, je la vois différemment maintenant ».
Merci à vous tous mes lecteurs : vous m’avez donné la motivation d’écrire, plaisir qui prolonge si bien l’aventure.

De retour à la maison, j’ai trouvé un courrier de Monsieur le Maire : « Je vous prie de bien vouloir honorer de votre présence l’après-midi récréatif offert par le Centre Communal d’Action Sociale, à l’occasion de la Journée des Personnes Agées… ». La transition est brutale, il faut réagir !

Mon équipière me prend la plume (que j’ai tellement monopolisée) pour vous livrer son bilan moral…
Bises à tous et à toutes,
Bob


C’est donc mon tour de faire un petit mot de conclusion.
Ces dix-huit mois furent très forts en émotions, découvertes et partage avec tous et plus particulièrement avec mon capitaine.
Tout d’abord la découverte de la vie au quotidien sur le bateau fut pour moi une source de joies et bonheur. Cette vie comme un escargot dans notre petite coquille qui se déplace toute seule me convenait parfaitement. Il faut dire que Charivari était tout confort et super équipé, si bien que vivre à bord ne posait pas de problèmes : je pouvais cuisiner, lire, ranger mes photos en retard et coudre. Choses que je n’avais pas toujours le temps de faire à la maison.
Cette vie d’aventure, toujours remise en question, me convenait très bien : toujours de l’imprévu, tous les jours étaient différents en raison tout d’abord de la météo mais aussi des endroits où nous étions : marche pour garder la forme dès que nous en avions la possibilité, découverte du pays et de ses habitants, marchés très colorés que j’adorais , mais aussi les églises et les célébrations auxquelles nous avons participé, comme la semaine sainte en Andalousie ou la découverte de Saint jacques de Compostelle et de sa multitude de pèlerins .
Des moments très forts, mais aussi des moments plus difficiles quand la peur me tenaillait au ventre devant des éléments trop forts pour moi en tant que petite équipière, mais toujours rassurée avec une confiance aveugle dans le capitaine.
Mais ces moments vécus le plus souvent à deux auront été une très belle expérience pour notre vie de couple et un bon début pour la vie de retraités.
Une chose importante qui m’a beaucoup marquée ce fut les rencontres et les amitiés qui se sont nouées : merci à Brigitte et Olivier, Josiane et Jo, Eric et Maité, Jean-Yves et tous les autres navigateurs qui nous ont réconfortés dans les moments de doute et d’inquiétude.
Je ne regrette qu’une chose, c’est que ce soit terminé si vite….
Françou

1 commentaire:

juju a dit…

Presque 2 mois plus tard, je viens ed decouvrir cette conclusion ... ca parait si loin deja - j'ai eu les larmes aux yeux de lire vos conclusions, et votre reconnaissance l'un envers l'autre ... une nouvelle vie commence !