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Charivari, troisième (et dernière) séquence!

dimanche 27 septembre 2009

La semaine du tonnerre (Elbe & Corse, du 17 au 27 septembre)

Cet orage n’était qu’un début , nous en croiserons pendant 8 jours, et nous allons nous efforcer de les éviter, de courir devant. Mais pour l’instant nous sommes bien coincés sur l’île Elbe et allons par sympathie visiter la maison de Napo entre deux gros orages diluviens.
Nous finissons par nous sentir un peu chez nous dans ce gros bourg plein de charme.
Mais le temps passe, et nous devons être à Porto-Vecchio samedi soir pour accueillir nos hôtes : nous avions une semaine de marge lorsque nous sommes arrivés sur Elbe, mais nous n’arriverons que deux heures avant eux à Porto Vecchio…
Repartis de Portoferraio vendredi matin nous avons fait une bonne navigation claire jusqu’à la Corse, atterrissant à Taverna avant l’orage du soir. Taverna est un port un peu oublié, et passablement envasé : notre dérive a plusieurs fois labouré le fond, dégageant une bonne odeur terrienne de vase. Enfin, c’est plus exactement un ex-grand projet de petite marina de luxe qui n’a pas eu le succès escompté, et se laisse doucement embourber.
Nous repartons à l’aube malgré une promesse d’orages, faisant confiance à la clarté du ciel matinal, et espérant couvrir sans encombre les 50 milles qui nous séparent de Porto Vecchio. De gros cumulo-nimbus s’accrochent à la montagne, donnant une impression de puissance contenue, mais leur blanc immaculé dans le bleu du ciel, et leur aspect bonhomme tout en rondeurs leur donne un air inoffensif. Les fourbes ! Vers midi, l’un d’eux, au dessus de Solenzara, s’affaisse et noircit en 10 minutes, puis lance l’artillerie avec un gros coup de semonce qui glace le sang, pour attirer l’attention du public comme les 3 coups au théâtre. Il est juste là sur la côte par notre travers, et déjà les grains se forment, grosses colonnes blanchâtres qui tombent en oblique sur le sol, comme la colère de Dieu.
Nous en appelons à Popeye pour forcer l’allure jusqu’à 8 nœuds et, si possible, échapper à la Chose. Merci Popeye, nous resterons toujours dans les tribunes du spectacle, à la frontière entre le bleu et le sale. Ce fut impressionnant. J’ai aussi découvert que les éclairs sont facétieux et peu disciplinés : j’ai vu l’un sortir du terrain pour aller se payer une gourmandise – en l’occurrence un relai hertzien en haut d’un mont – qui crânait dans le ciel bleu, bien loin du champ de bataille. Du coup j’ai regardé mon mât avec circonspection.
Arrivés dans le grand Golfe de Porto Vecchio, un frangin du premier orage nous accueille. Les rafales nous font appréhender de rentrer dans le port, aussi jetons-nous l’ancre pour attendre dehors : nous avons ressorti les vestes de quart, oubliées depuis l’Atlantique ! Bien sûr, la foudre est tombée pas loin pendant que je mettais l’ancre : on s’habitue à tout, et j’ai laissé tomber les petits pas de geisha.
Accueil inexistant : malgré nos appels depuis ce matin, le port ne répond pas… Nous sommes samedi, bienvenue en Corse ! Alors on demande aux uns et aux autres où nous mettre et là, bonjour la sympathie : « Pas ici en tout cas vous êtes trop gros ! » nous lance un groupe en colère en train d’essayer de déloger de leur ponton un anglais un peu plus grand que nous, qui vient de s’y amarrer. Nous décidons de nous octroyer une place au quai d’honneur. Classe ! C’est là, sous un doux soleil revenu, qu’un taxi nous amène Sylvie et Jef.
La météo est infecte et me met le moral dans les chaussettes, malgré la joie d’accueillir nos hôtes, ou plutôt à cause de la déception de devoir envisager de rester sur place plusieurs jours : c’est en effet des orages « avec fortes rafales » qui sont au menu tous les jours jusqu’à mardi soir, suivis d’une période de pluies jusqu’à perte de vue.
Dimanche nous sortons quand un orage s’annonce. Nous croisons un pêcheur qui nous le montre du doigt, comme pour nous mettre en garde. Etonnés de croiser un corse volubile, nous sommes sur nos gardes, et nous jetons l’ancre pour attendre que ça se passe. Beau début de croisière : nous avons parcouru ½ mille.
Jef commence à développer une théorie sur la façon dont les volutes des nuages d’orage s’enroulent et se déplacent d’une façon qui semble erratique mais dont il aurait percé le secret. Il fait de grands gestes qui pourraient sembler incantatoires, mais qui sont une démonstration gestuelle d’un théorème personnel dont il ressort une direction un peu floue (il y a une grande marge d’erreur reconnait l’auteur de la théorie) qui pourrait être celle que prendra l’orage dans un proche avenir. Quelle joie dans son regard quand, 2 heures plus tard, l’orage est parti en ayant indiscutablement emprunté à un moment ou à un autre, la direction théoriquement annoncée.
Nous n’irons ce jour là pas plus loin que le fond du Golfe, chercher un petit mouillage tranquille et un peu lagunaire plein de charme.
Le lendemain lundi, nous décidons de mettre à profit une accalmie jusqu’au soir et de vents sereins pour passer les Bouches de Bonifaccio, en contournant les belles îles Lavezzi. Nous jetons l’ancre en fin d’après midi dans la magnifique crique de Roccapina, juste nettoyée par un grain qui s’achève quand nous arrivons. Le site est exceptionnel, et quelle baignade mes amis, sous l’œil du fameux lion de Roccapina.


Le bateau est mouillé derrière quelques cailloux et brisants qui prennent de belles couleurs au couchant. Le dîner dans le cockpit se passe en regardant défiler les grains, et en comptant les éclairs simultanés d’un orage qui s’acharne sur un coin de mer derrière nous.
Le lendemain matin, nous n’avons pas beaucoup le choix, il faut passer sur la côte occidentale avant que ça ne s’aggrave par ici, sinon nous risquons de rester coincés. J’appréhende un peu car la météo n’est pas claire « 4 à 6, pluies et averses, orages locaux avec fortes rafales » et il nous faut passer la pointe de Senetosa avant d’être à l’abri de la terre. Nous avons un peu de mal à envoyer la voile dans le clapot. Puis nous courons devant les grains, qui s’annoncent par un trait blanc comme une vague barrant l’horizon, ayant effacé tout le paysage derrière elle dans une soupe confuse. C’est la fête aux arcs-en-ciel : ils sont des guirlandes de fête sur une côte tristement décolorée par le gris du mauvais temps.
Nous arrivons dans le Golfe de Valinco, et tirons des bords jusqu’à Propriano sur une mer lisse et un vent de terre. Propriano est juste une petite ville banale, pas folle de tourisme. Le souvenir ému sera celui que garderont nos papilles, du délicieux resto où nous entrainent Sylvie et Jef.
Dilemme, ce mercredi matin : d’après les fichiers de vent que j’ai rentrés ce matin, j’estime qu’il vaut mieux ne pas s’attarder en Corse les jours suivants. Nous sommes un peu bas, et comptions remonter en 2 jours jusqu’à Calvi pour traverser de vendredi à samedi vers le continent. Mais les fichiers donnent les prémices de ce qui va se confirmer dans 24h : coup de vent. Nous décidons de remonter un peu vers Cargèse, de faire halte dans une petite crique sympa pour le bain du soir, et de faire route vers Porquerolles dès aujourd’hui, en soirée.
La crique de la Figuera, dans le Golfe de Lava, a tenu la promesse : calme, sauvage, belle avec ses bois impénétrables qui déboulent dans la mer. Une eau claire et chaude. De là, gonflés à bloc, nous partons vers Porquerolles à 115 milles, cap au 300.
Débuts un peu mous et vent dans le nez, avec Popeye pour garder les 5 nœuds. Puis le vent est venu, un peu plus fort que prévu, mais ¾ arrière ce qui était du gâteau ! Quand la houle, reste du mauvais temps des jours précédents, s’est calmée, et que j’ai remonté la moitié de la dérive, le bateau a trouvé tout son rythme en glissant et vibrant, assez insensible aux coups des vagues. Seule une vague claquant la coque par l’arrière a fait une fois la pluie dans le cockpit : je venais de dire à Jef que c’était bien de ne pas recevoir des paquets d’eau… La mer a des oreilles. Vers 2h nous avons même pris un second ris et roulé la moitié du génois, sans beaucoup le ralentir dans un vent qui oscillait entre 20 et 25 nœuds.
Nous avions fait des quarts de 2 heures : Jef et Françou, Sylvie et moi. Mais Jef n’a pas voulu retourner se coucher après son second quart, et Sylvie a donc été obligée de rester au lit, testant les boules Quiès. Conclusion : inefficaces. Très confiant dans mon équipage, j’ai même passé du temps sur ma couchette, ce que je ne faisais jamais.
Arrivée sur Porquerolles vers 16h30 : fatigués mais ravis, ce fut une belle traversée. La météo nous apprend que ça se gâte sur la Corse, avis de coup de vent, orages dans le sud… Nous nous sommes faufilés en tirant le meilleur du temps !
Vendredi, visite découverte à Port-Cros qui enchante Jef et Sylvie. Le temps est tiède, il fait bon à marcher sur les sentiers boisés juste frais, la plage du sud nous offre un bain tiède au milieu de gros poissons curieux. Rentrée au mouillage à Porquerolles juste au moment où le soleil rouge plonge dans la mer. Et samedi matin au petit jour, sac et valise dans l’annexe un peu humide, nous débarquons l’équipage qui rentre à Rouen pour soigner les pauvres grippés. C’était du bonheur.
Nous comptons passer cette semaine à Porquerolles pour préparer le bateau à la vente, et le faire visiter, mais aussi profiter de cette île que nous aimons tant. La semaine prochaine nous regagnerons Port Saint Louis du Rhône pour rendre sa liberté à Charivari…

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