Nous ferons étape à Menton le jour suivant : quelle jolie petite ville ! Si ce n’était ce stupide commerce de plagiste qui confisque le sable et la mer au public, les ôtant même à la vue des promeneurs, pour en faire un bien de consommation tarifé. Nous constaterons que ce mal, heureusement assez peu répandu en France, a gangréné toute l’Italie.
Le jour suivant nous entrons en Italie. Vers midi, sur une mer paisible seulement remuée par une grosse houle je vois au loin un troupeau de moutons blancs batifoler et préviens Françou que le vent vient : il est urgent de tout caler dans le bateau. Dix minutes après il est là, en plein dans le nez. La mer devient mauvaise car les vagues fraiches croisent la houle, ce qui donne à notre piste une allure très cassante : les paquets d’eau que nos heurtons ont une forme pyramidale qu’il est difficile de négocier : Charivari tape et freine souvent. Notre grande sagesse nous inspire de décrocher vers le premier port, car le perspective de passer 4 ou 5 heures à lutter contre vent et mer ne nous enthousiasme pas vraiment. Le port d’Imperia est juste sous le vent : nous abattons. Puis, un peu chahutés, nous affalons juste à l’entrée. Nous entrons dans un grand avant-port où un vaste chantier promet une belle future marina-pompe-à-fric. Nous appelons la capitainerie pour quémander une place: je n’ai pas d’inquiétude, nous voyons un grand quai aménagé presque vide, qui semble réservé aux grands Yachts: il y aura bien un espace pour notre petit yacht. Réponse péremptoire : « completo ! », c’est complet, passez votre chemin braves gens ! J’insiste un peu, mais n’obtiens que la réponse têtue « completo ! ». Non capisco, je ne comprends pas… et en toute mauvaise foi je vais me poser le long du grand quai. Plus tard, un employé viendra poliment nous demander de nous déplacer un peu car ils attendent un yacht de 62 mètres dans la soirée (il y en a déjà un de 80m !) … C’est vrai qu’à ce rythme ça sera vite complet.
Mais la nuit, le ressac entre dans cette partie du port, et ce qu’un grand yacht peut supporter, Charivari le peut moins : un roulis infernal nous secoue et nous drosse sur le lit de défenses que nous avons disposé entre coque et quai. Comme la chèvre de monsieur Seguin, Charivari a tenu toute la nuit, et au petit matin, à l’instant précis où je sortais le nez, son gros taquet d’amarrage arrière s’est arraché : je n’ai eu que le temps de récupérer le bateau qui se mettait en travers. Derrière nous, 3 bateaux de pêche venus se mettre à couple sur ce quai, larguent leurs amarres en me faisant signe de partir vite en mer comme eux, que le coin devient malsain.
Ce soir là nous arrivons à Varazze (un peu avant Gêne) que le guide nautique (édition 2007) nous présente comme « un charmant petit port pas cher à l’atmosphère détendue, simple et décontracté, endroit plaisant où les propriétaires bricolent sur leurs bateaux ». Que nenni ! C’est devenu une marina moderne pour gros yachts, les petits pêcheurs locaux sont parqués dans une réserve ethnologique, et l’accueil de voiliers comme Charivari n’intéresse visiblement personne : on nous place loin, au milieu de gros trucs à moteur vides, bonjour l’ambiance. Nous devons faire ¼ d’heure de marche à pied pour remplir les papiers dans un salon grand luxe où l’on nous taxe de 110€ pour une nuit ! Heureusement, la ville toute proche a le charme fleuri d’une station de la Riviera. Mais les Italiens ont perdu toutes leurs plages, qui sont recouvertes de ridicules parasols et transats privés… Seul, de loin en loin un couloir d’une dizaine de mètres offre un droit d’accès à la mer, souvent partagé entre le public nécessiteux et à un déversoir douteux. Réveille-toi Peuple d’Italie, on t’a volé tes plages !
Vendredi, nous visions d’atteindre Viareggio, près de Pise, mais un coup de fil nous indique que ce port n’est pas à la hauteur de notre bourse. Nous nous arrêtons donc au port de Carrara, d’où part le marbre de Carrare, extrait de la montagne derrière la ville.
Bises à toutes et à tous.
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