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Charivari, troisième (et dernière) séquence!

lundi 4 mai 2009

Du Rocher au béton.

Jeudi 30 avril :
Avec prudence nous partons passer le Cap de l’Europe (la pointe de Gibraltar) assez tôt – 8h du matin - pour que le courant que nous avions contre nous hier, nous porte au moins 3 heures, le temps d’être loin de la baie de Gibraltar que Françoise appelle « le trou à rats » ! Malgré tout, Neptune nous taquine en nous faisant dériver très vite sur une plate-forme ancrée au bout de la pointe, et dont nous frôlerons les moustaches (à savoir les gros coffres flottants balisant la zone et qui écumaient comme des noyés dans le courant). Un hélico de surveillance, un peu soucieux, va nous survoler pendant ¼ d’heure. Puis cap au Nord-Est, vers la Costa del Sol.
Belle navigation au bon plein.

Très vite le vent nous attrape et déboule du « Rocher » en accélérant. Charivari s’amuse, d’autant qu’il n’y a pas de mer car nous sommes à l’abri de la côte : on se croirait en baie de Quiberon. Le courant nous pousse, tout va bien. Nous finirons avec un vent atteignant la force 7, avec 2 ris et un petit bout de génois, mais une mer toujours peu agitée. Le vent montant toujours, nous choisissons de nous arrêter à Estepona. Les manœuvres sont un peu délicates car ça souffle vigoureusement dans le port. Ça sera notre première prise de « pendille » avec Charivari : la technique, toute méditerranéenne, consiste à venir mourir perpendiculairement au quai en s’appuyant généreusement sur ses 2 futurs voisins – ce qui, en cas de friction un peu forte peut en faire immédiatement des voisins exécrables – , de s’amarrer comme on le peut au quai – qui est souvent trop haut pour que l’on puisse y monter -, puis d’attraper la pendille, un cordage généralement gluant et pourri qui est relié à une chaîne mouillée au fond du port, auquel on s’amarre. L’autre charme de cette curieuse pratique, c’est qu’on ne peut sortir du bateau, comme on le fait si facilement en sautant sur le « catway », ce petit ponton le long duquel vous vous amarrez dans les ports civilisés. Non ! il faut avoir une planche de 2 à 3 mètres pour relier le bout du bateau au quai, rarement au même niveau ; et être bon équilibriste surtout quand il y a un peu de houle dans le port. La planche, nous l’avions trouvée à Barbate, non sans mal : chaque fois que l’on demandait une « plancha » on nous demandait si on la voulait électrique ! C’est après un échange de SMS avec Emilie que nous avons su dire « menuisier » et « planche en bois » dans la langue locale. L’équilibre, c’est une autre affaire ! Mais on fait des progrès.
Pour Françou, le truc c’est de ne surtout pas regarder en bas. Et de s’agripper à moi…
Estepona est un petit port plein de charme, mais charme « moderne », exclusivité de cette côte bétonnée de la Costa del Sol qui commence ici : une architecture faite de coupoles et d’arcades, et d’une peinture bleue façon « Sidi Boussaïd ». Dans la tiédeur du soir, nous retrouvons tout le charme du paseo et de l’animation nocturne de l’Espagne. L’écart est surprenant entre la côte atlantique, plus rude et cette côte méditerranéenne plus riche et encline à la dolce vita. Par contre, la grande constante demeure le zèle administratif des employés de port : il faut bien prévoir ½ heure , le temps de la saisie informatique d’une bonne dizaine de formulaires, avant d’être autorisé à rejoindre le bateau en attente à l’accueil (souvent un mauvais quai en béton encore soumis à la houle du dehors), et d’aller prendre sa place.
Marie-Françoise et Christian, partis un peu après nous de Gibraltar, avaient prévu d’atteindre Marbela, soit 2 heures de navigation en plus. Arrivés là, avec un vent bien établi à force 7, le port leur dit qu’il ne peut les accueillir, faute de place. Ils ont du revenir en arrière au près pour trouver abri à Puerto de Jose Banus , un port privé qui les a taxés de 97 euros pour une nuit sans eau et sans électricité… C’est la méditerranée ! Françou a aussitôt décidé que nous réserverions désormais nos places de port à l’avance. Aussitôt dit, aussitôt fait, nous réservons une place pour demain à Benalmadena, près de Malaga, prochaine étape.
Vendredi 1er mai :
Départ matinal, avec un souffle chaud et un ciel bleu : la carte postale. Route sans encombre jusqu’à Malaga, le vent forcit un peu sur la fin. L’ombre au tableau est cet appel lancinant sur le canal 16 de sécurité, signalant toutes les ½ heures qu’un voilier a perdu un homme à la mer entre la Maroc et Malaga, et appelant les navires sur zone à être vigilants. Jusqu’au soir, mais sans succès hélas.
On arrive à Benalmadena avec l’impression d’entrer dans une sorte de Disneyland du tourisme de bord de mer, mais un Disneyland dont les Mickey et autres Babar seraient les touristes eux-mêmes (et bien sûr, nous en serions les seuls spectateurs). Port immense, parsemé d’îlots résidentiels avec bateau et auto garés au plus près du paillasson. Une grande voie piétonne – et commerciale - fait le tour du port, et permet aux braves gens de baver devant ce luxe offert en attraction, et à nous de savourer des allures et dégaines qui sont un récital de caricatures.
Mais le plus frappant est cet ensemble architectural signé Barbapapa !
Tout en formes que l’on dirait façonnées par des enfants lors d’un concours de châteaux de sables. Ça n’est pas laid. Simplement étrange.
Christian et Marie-Françoise sont arrivés aussi : nous avions eu un échange radio le matin et avions évoqué les difficultés de trouver un port. Une heure plus tard la radio nous interpelle : « Nanou appelle Charivari ». Nanou – que nous ne connaissions pas mais qui nous avais entendus discuter par radio - cherchait un abri pour le soir et nous demandait conseil. Donc un jeune couple sympa, Nanou et Thierry sur un petit Fifty de 33 pieds baptisé Nanou, est arrivé aussi à Benalmadena. Ils sont pressés d’arriver en Corse :Thierry –militaire en poste sur les sémaphores de la côte – est muté de l’île d’Yeu à Bonifacio, et ils doivent y être la semaine prochaine. Il se souvient du nom de Charivari pour nous avoir entendus converser par radio en septembre dernier lorsque nous sommes passés du côté de l’île d’Yeu ! Ils sont repartis ce matin à l’aube, alors qu’on annonce un coup de vent. Nanou trouve parfois que c’est dur, car ils brûlent les étapes : elle raconte en rigolant : « Thierry m’a laissé à la barre avec 30 nœuds de vent dans Gibraltar la nuit, il est allé dormir et j’avais toute la toile… ». Des durs ! Nanou est « canotière » sur les bateaux de la SNSM : « les naufragés apprécient de voir une femme, ça les rassure ». Coïncidence, nous voyons arriver un Maracuja, « Zigzag » de Jean-Yves et Annick. L’équipage est sympa, et nous nous retrouvons vite autour d’un verre dans le carré de Charivari pour écouter leurs histoires (chacune vaudrait un chapitre) ; Pierre l’un des passagers est président de la SNSM de l’île d’Aix, et sa femme est aussi « canotière ».
Nous recevons des nouvelles de Jo et Josiane, qui nous précèdent d’une centaine de milles. Ils ont eu du mal vendredi, finissant avec 30 nœuds de vent dans le nez, sur une mer forte et hachée, sous la pluie. Leur ancre s’est décrochée et a cogné fort sur l’étrave qui a souffert.
Nous avons du mal à comprendre la météo d’ici. On nous annonçait un coup de vent violent pour ce WE. Ici nous n’avons rien vu passer, sinon des hordes de japonais. Mais il semble qu’à proximité il y ait eu pas mal de vent et de mer. Par contre, quand nous avions force 7 jeudi dernier, la météo nous prévoyait un tout petit 2 à 3.
Nous attendons Benjamin et Emilie qui nous rejoignent demain pour une semaine : bonheur !
Bises à toutes et à tous.

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