Nous laissons Formentera avec regrets. Son petit port a des allures un peu africaines, si ce n’était la note assez salée… C’est une île dont les paysages et l’habitat ont beaucoup de charme et de naturel. Elle semble épargnée par le tourisme de masse, si l’on excepte certaines plages où sont parquées des chaires vautrées, plus ou moins dénudées (ça n’est, hélas, jamais le pire qui l’est le moins !), et qui cuisent à petit feu.
Mathilde nous a expliqué que le phénomène de « double insularité » est assez contraignant (il faut d’abord aller à Ibiza, puis reprendre un ferry pour Formentera), mais il explique sans doute cette qualité de vie préservée.
La mer n’est pas belle ce matin, le temps change, une petite dépression passe sur les Baléares. Nous renonçons à aller sur la côte Ouest d’Ibiza car le vent est soutenu et dans notre cap. Nous décidons de faire une pose au mouillage d’Espalmador en attendant de voir comment le temps va tourner. Vers 15h ça se calme, et nous repartons vers l’Est de l’île, vers Eivissa qui est la ville principale de Ibiza, plus facile à atteindre avec cette direction de vent.
Notre cible est l’avant port d’Eivissa que notre guide nautique présente comme une grande zone bien protégée par une grande digue récemment construite, où l’on peut mouiller (sans bourse délier). Hélas, en arrivant nous lisons, écrit en gros sur le môle : « mouillage interdit ». Voilà qui supprime un très vaste et excellent abri aux navigateurs, alors qu’ils sont si rares sur cette côte (Il n’y a décidément dans ce coin aucune éthique maritime !). Cela sans aucun doute pour des raisons purement mercantiles. Car il y a trois marinas dans ce port… La chose est stupéfiante quand on sait (c’est écrit sur de grandes affiches en ville) que la grande digue qui protège cet avant port et permet le développement des marinas, a coûté 42.000.000€ et été financée à 66% par la communauté européenne.
Nous faisons des ronds dans l’avant port, sachant bien que nous allons payer cher ce petit changement de programme. Appel radio à une première marina : oui il y a de la place (premier soulagement). Mais chez ces gens là, monsieur, on ne communique pas le prix par radio, il faut téléphoner. Ça met dans l’ambiance ! Au téléphone, Françou comprend 25 euros pour la nuit, on n’en revient pas, on y va.
Cette marina n’est faite que pour ces gros « cigares » à moteur qui sillonnent les eaux en méditerranée (l’autre jour, nous en avons vu arriver un énorme dans le merveilleux mouillage d’Espalmador, portant délicatement sur son arrière un jet-ski jaune qui paraissait minuscule. Le propriétaire jette l’ancre, puis met à l’eau son jet-ski, et passe son après-midi à faire des ronds dans l’eau avec son petit jouet. Puis il range tout et repart vers Ibiza…). Dans cette marina, on compte sur les doigts d’une main les voiliers: serait-ce ici une race en voie d’extinction ? Les quais sont suréquipés de grosses pompes à fuel, et ces engins tous aussi prétentieux les uns que les autres sont entassés au coude à coude, faisant une muraille qui cache même la vieille ville sur l’autre rive de la baie. Que reste-t-il, aux pauvres propriétaires de ces puissantes machines, du plaisir de posséder puisqu’elles se ressemblent toutes, et leur accumulation rend particulièrement laid ce design de fusée inspiré de l’imaginaire James-Bondien ! En tout cas, de l’image que l’on peut avoir d’un petit port des îles, avec des voiliers de rêve, il ne reste rien ici. On nous indique une mauvaise place coincée entre le départ d’une navette que l’on gêne visiblement, et un faisceau d’amarres grosses comme mon bras qui rendent la manœuvre délicate. Sans parler des ordures flottantes qui s’accumulent à cet endroit. On nous annonce en définitive que ce havre nous coûtera 50 euros plus les douches, l’eau, l’électricité, les toilettes… Et c’est avec mépris que les employés de la capitainerie se moquent de nous quand on dit avoir compris 25€. Ils nous suggèrent d’aller voir les autres marinas.
Ce que nous ferons : la marina suivante est un énorme chantier plein de bulldozers, de bruit et de poussières. Nous demandons à une hôtesse pomponnée installée dans un bungalow combien ça coûte une place pour 1 jour : elle a l’air surprise, son truc c’est de vendre des anneaux à des propriétaires huppés, pas de faire l’aumône (d’autant plus que l’on traine avec nous un gros sac à linge sale que l’on n’a pas pu se résoudre à laisser dans une laverie automatique qui prenait … 18€ pour une machine !). Elle nous envoie plus loin, on repose la question, et l’employée, pudique… ou honteuse, écrit le montant sur un papier qu’elle nous tend sans un mot ! Prix de base : 110 euros en l’état, au milieu des travaux, plus les taxes, l’eau, l’électricité, les douches ; et ça passera à 250 euros à la belle saison.
Ecœurant. La plaisance est étouffée par le fric, et une administration portuaire sans âme qui s’assoie sur l’oreiller. Pourvu que cette gangrène ne se répande pas dans nos contrées.
Ibiza par l’Ouest, samedi 23 mai.
Dès l’aube nous partons avec un goût amer dans la bouche. Heureusement la suite va nous faire oublier ce cauchemar.
Nous passons entre l’île Verdra et la côte, c’est brumeux et grandiose. Cette île inabordable ressemble à une gravure chinoise de montagne magique, et nous passons humblement, seuls et minuscules au pied de ce monstre. Le vent est un peu fort et dans le nez (facétieux aujourd’hui ! Nous l’aurons toujours dans le nez, alors que nous avons fait un demi-tour complet en passant Ibiza par le Sud). Nous testons une première cala (calanque) réputée la plus belle d’Ibiza, mais une demi douzaine de bateaux l’ont remplie… Elle est minuscule. Nous repartons, testons un mouillage un peu austère et pas abrité de l’Est, dans l’anse de l’île Conillera, où nous aurions été seuls avec les cailloux, la mer et les mouettes, puis repartons pour la cala Bassa près de San Antoni de Portmani.
Coup de foudre, on a adoré ce petit coin. Un peu dur seulement de trouver son carré de sable – rare -au milieu de l’herbe pour poser une ancre qui ne lâchera pas. Nous y passerons deux nuits et un dimanche très tranquilles.
San Antoni de Portmani. Lundi 25 et mardi 26 mai
Relâche et retour à la civilisation : hier au mouillage devant le port, à écouter dans la nuit tous les bruits d'une villégiature qui a l'air sympa et moins coinçée que sa consoeur Eivissa. Aujourd'hui Charivari repose son ancre et a mis une amarre au port. Noria de sacs à linge vers la blanchisserie locale. Ce soir, bon petit resto, il y a bien 3 semaines que l'on n'a pas mangé sur une table qui ne bougeait pas.
Bises à toutes et à tous
1 commentaire:
. Petit mot de Chloe : Merci pour ce joli recit - j'aimerais bien etre avec vous - on aurait du rester ! Bonne chance pour la suite. Bisoux calins d'amour
. Petit mot de Mathieu : Bonjour - j'ai bien aime les photos, est-ce que vous etes bien ? avez-vous des photos d'animaux ? Bisoux calins nez nez esquimaux
. Amandine : Bon pa Mamoune, mmmm et oui .... papillons... mmm.. bisoux bisoux
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