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Charivari, troisième (et dernière) séquence!

samedi 16 mai 2009

En escadre sur la Costa Blanca

Aguillas, nuit du 9 au 10 mai.
Alors que la nuit était calme et sans la moindre brise pour faire chanter le mât de Charivari, nous sommes réveillés vers 3h par une violente rafale semblant débouler du gros caillou surmonté d’un château, qui fait relief au Sud du port. Si violente et soudaine que Charivari fait des embardées, bien qu’amarré à quai. Je vais doubler les amarres, en pyjama comme d’hab’... 10 minutes après, plus rien. Au petit matin je suis surpris de ne plus voir Zig-Zag, mouillé hier soir encore au milieu de l’avant port… Appel VHF de Jean-Yves : il est tout au fond du port : réveillé par la rafale, il a mis le nez dehors au moment ou son bateau, pris de travers par le vent, se met à déraper à toute vitesse : il voit défiler le môle et les bouées, sans rien toucher heureusement, et n’a que le temps de mettre en route le moteur, et de lâcher 50 mètres de chaîne. Et ça a tenu.
Après cet incident, la polémique est vive : Jean-Yves, comme Olivier, Marc et moi-même, sommes des inconditionnels d’un type d’ancre qui s’appelle la Spade. On en voit très peu, mais ses adeptes forment une sorte de confrérie. C’est une ancre révolutionnaire qui a la réputation de ne JAMAIS déraper. Ce fut d’ailleurs notre cadeau de Noël à Charivari, cadeau intéressé car c’est aussi pour nous une assurance de sommeil serein au mouillage. Force est de constater que là, une Spade a failli. Nous en dormirons un peu moins bien. Sauf Jean-Yves qui est tellement inconditionnel de cette ancre, qu’il s’est lui-même accusé de l’avoir mal mouillée.

De Aguillas à Mazarron, le 10 mai.
Nous partons à 3 bateaux. Zig-Zag et Algieba font les beaux pour la photo.
En route, nous recevons un message de Flores, qui a quitté Almerimar et fait route sur Aguillas où Brigitte et Olivier comptent arriver demain.
Nous sommes donc partis pour Cartagena dans de tout petits airs, propices à taquiner le maquereau. Cette saison, la ligne aura été lancée au moins 20 fois, et nous avons investi dans un superbe moulinet. Bilan : pas un seul poisson n’est monté à bord autrement que dans un filet à provisions…
Très vite le vent s’est levé, ce qui nous a valu une bonne heure de navigation sympa au bon plein. Puis le bougre tourne bientôt dans notre cap en forcissant : vers 14h, malgré l’appoint du moteur, il devient difficile de progresser. Charivari et Zigzag, au moment de passer le cap Tiñoso, refusent devant l’obstacle et, abandonnant l’objectif initial, se laissent glisser jusqu’à Mazarron. Pas comme Algieba, où Jo et Josiane ont eu le courage de tirer des bords jusqu’à 18h pour arriver à Cartagena. Ce sont de grands sportifs. Nous ferons cela demain, par vent plus favorable !
De Mazarron à Cartagena, le 11 mai.
Carthagène est une ville magnifique. Nous jetons les amarres sur un quai bordé de palmiers, juste devant un vieux gréement.

Ce quai est le paseo (la promenade) de la ville. Nous le découvrirons d’abord avec amusement. Puis après un jour, nous en éprouverons une certaine lassitude. Surtout lorsque le paquebot « Club Med 2 » aura largué sa cargaison de franchouillards dont le premier émerveillement sera de déambuler sur ce paseo.

D’ailleurs, tous les matins arrive un de ces gros hôtels flottants (mais qui donc fabrique des trucs comme ça ???) qui organise un lâcher de retraités en short, chaussettes et souliers vernis, robe à fleurs et chapeau de paille. Ils partent d’un pas gaillard, carte en bandoulière comme en raid, visiter la ville en vrac le matin, sont de retour à bord à midi, font la fête sur le pont supérieur, à fond la sono qui inonde la ville de décibels délirants jusqu’à 15h ; puis le bateau beugle trois fois, façon départ du Titanic, et ils s’en vont. Quand il y a du sujet américain à bord, un hélico vient survoler la zone (au petit matin !) un bon quart d’heure en rase motte pour tenter de débusquer des terroristes avant le lâcher.
Bon, je me suis laissé emporter par le plaisir de la caricature. Il faut avouer un paradoxe : autant nous moquons ces croisières, autant nous en envions le confort en mer, quand la plaisance nous fait baver (plaisance = plaisir + souffrance), et nous nous sommes promis d’essayer un jour !
Le 13 au matin, le ciel n’est pas engageant, et chacun décide de passer une journée de plus ici.
Nous changeons de marina, ce qui nous donnera la possibilité de faire un apéro-ponton un peu intime, avec quelques autres français qui ont hiverné ici : nous retrouvons ainsi Bernard et Catherine sur un Allure 40, entrevus dans l’Aber-Wrac’h en juin dernier, alors qu’ils s’apprêtaient à traverser le Golfe de Gascogne. La suite devait être l’Atlantique, ça sera la Méditerranée : ils ont changé leur programme, eux aussi. Nous constatons que, bon an mal an, nous avançons tous à peu près au même rythme dès lors que nous prenons l’option d’avancer au fil de nos envies.

Cartagena à Torrevieja, le 14 mai.
Vent vigoureux sur cette route que nous faisons en escadre à 4 bateaux.
Après une longue période de vent dans le nez, nous retrouvons avec plaisir du vent portant. Françou peaufine ses connaissances en météo, et devient experte pour prévenir les grosses rafales qui déboulent du relief ou qui encadrent les caps. Elle a ajouté aujourd’hui à sa panoplie le vent qui souffle sous certains gros nuages noirs comme celui qui s’est attaché à nous durant les 2 dernières heures de navigation aujourd’hui.
Nous mouillons tous les 4 dans l’avant port de Torrevieja, pour une nuit sereine : on n’est jamais mieux que sur son ancre, quand il ne se passe rien de grave… Et nous commençons sérieusement à tenter d’éviter le racket organisé par les marinas dont les tarifs de ce côté-ci de l’Espagne, montent très vite avec la latitude (on nous parle de 150 euros par nuit –voire beaucoup plus – aux Baléares !).
Torrevieja à Villajoyosa, le 15 mai.
Le vent aura pris un peu toutes les directions dans une gamme étendue en force. Parfois – rarement - cela ressemblait aux images classiques de la Grande Bleue. Mais on ne sait jamais ce que la minute qui suit nous apportera : une zone proche peut soudain apparaître semée de moutons blancs, quand il n’y avait que du bleu lisse à perte de vue : c’est le signe d’un changement de vent, en force et en direction : il faut réagir vite. Tout à l’heure, le temps d’aller dans le carré faire une bricole, le bateau – sous pilote automatique - a passé sa voile d’un vent de travers tribord amure à un vent de travers babord amure, sans perdre de vitesse et si délicatement que je ne m’en suis rendu compte que lorsque Françou m’a demandé naïvement : « La voile n’était pas de l’autre côté tout à l’heure ? ».

En route, devant Alicante nous avons rencontré une belle régate de 12 mètres JI (les bateaux de l’America’s cup) survolée d’un hélicoptère. Nous avons tiré un bord parallèle, ce qui nous a permis de constater qu’ils avancent un peu plus vite que nous.
Nous sommes à Villajoyosa, petite ville balnéaire pleine de charme car elle a su garder son vieux village avec des façades colorées, qui font oublier les immeubles de béton dont la terre hispanique est si fertile, et qui ont ici l’élégance de pousser derrière.
Ce matin nous avons décidé d’y rester une journée de plus, pour buller ! Flores est parti ce midi, cap sur Ibiza qu’ils atteindront demain matin. Si tout se passe bien, nous les retrouverons dans 2 ou 3 jours au mouillage de Formentera !
Bises à toutes et à tous !

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