Vous aurez compris au long des chapitres qui précèdent, que nous avons découvert l’art de naviguer autrement qu’entre deux ports de Bretagne Sud l’été… Je pensais sincèrement que cela serait plus facile. Mais qu’y aurions-nous gagné ?
Si l’on fait le point…
Côté navigation :
Nous avons ouvert le bal sur un circuit qui n’a pas la réputation d’être facile. C’était aussi un peu tard en saison, et nous avons toujours eu l’impression d’être rattrapés par l’hiver avec un fond de l’air assez frais et des journées de plus en plus courtes. Sauf sur la fin, en Algarve et en Andalousie, où nous avons enfin pu sortir les shorts et où les nuits étaient peuplées du chant des grillons…et du vol des moustiques !
De plus, la météo ne fut pas favorable, et il nous a fallu composer avec le gros temps qui passait souvent dehors, et le manque de vent quand nous étions en mer : nous avons eu au début l’impression de faire trop souvent appel au moteur, pour constater finalement que c’était une incontournable habitude – sauf chez les grands puristes ou lors de traversées longues – lorsque l’on fait route vers un objectif : le moteur apporte souvent, en appoint à la voile, les 2 ou 3 nœuds qu’il faut en plus pour arriver avant la nuit dans un port que l’on ne connait pas. Et l’on fini par ne plus l’entendre.
Côté moral des troupes :
Nous avons eu notre lot de baisse de moral, d’envie de tout arrêter. Et pas seulement en mer : au mouillage de Cascais et dans la lagune de Faro, secoués par le mauvais temps quand on espérait de l’escale détente et repos, j’ai juré à Françou déprimée (je ne valais pas mieux) que nous arrêtions là, que nous mettrions le bateau en vente en Andalousie.
Serments oubliés d’un commun accord dès le lendemain, dans le feu de l’action.
Naviguer en couple renforce considérablement la capacité de résistance à l’épreuve. Mais c’est aussi l’occasion de vivre une expérience enrichissante : jamais jusqu’à présent nous n’avions vécus si proches aussi longtemps, dans des conditions qui sollicitent à tout moment une parfaite harmonie. L’attention à l’autre devient essentielle, et un mot ou un geste de tendresse aux moments difficiles fait des miracles. Nous n’avons rencontré sur les bateaux que des couples apparemment très solides : cause ou conséquence d’un tel choix de vie ?
Par ailleurs nous avons eu la chance de faire, au bon moment, des rencontres qui nous ont aidés à changer notre philosophie du voyage : à ne pas chercher à faire de la route à tout prix, quand il y a tant de chose à voir sur la route. Merci Maïté et Eric, merci Brigitte et Olivier. Et merci Julie pour ta belle formule : « A courir après le plaisir, on en oublie ... le plaisir ! »
Côté ressources :
Le vrai problème, celui qui mérite qu’on le prenne en compte pour la suite, c’est notre aptitude physique et mentale à faire face aux coups durs en mer.
Le bateau est lourd et relativement lent, tribut payé pour son confort et - en partie au moins - pour la sécurité de l’équipage. Certaines manœuvres peuvent solliciter de gros efforts physiques que je suis seul à pouvoir fournir, et j’ai atteint mes limites une paire de fois.
Quant au mental, mon incurable anxiété me pose souci et me gâche souvent le plaisir. Nous avons découvert, au travers des récits de ponton - et par nous même, à petite échelle avant d’entamer le Gascogne – qu’il faut oser, pour se lancer dans une traversée longue. Qu’une solide appréhension vous submerge avant le départ, et qu’il n’est pas facile de la surmonter. Ceux qui s’y lancent sereinement ont souvent déjà usé un bateau ou deux dans de solides navigations d’entrainement qui leur ont donné de l’assurance. Nous nous sentons un peu bizuths : nous n’avons Charivari que depuis moins de six mois. Il nous faut sans doute encore quelques heures de vol avant d’être sûrs de pouvoir faire une longue traversée…Ce qui importe pour dissiper l’anxiété, insiste Olivier, c’est d’avoir parfaitement préparé le bateau, et de l’avoir bien en main.
Côté plaisir :
Au coin du feu, à Charleval, nos neurones font le tri et jettent tout le mauvais. Une chose est sûre : nous n’avons jamais rencontré la béatitude aquatique que suggèrent les dépliants de loueurs de bateaux. Mais tous les souvenirs des moments forts se dépouillent peu à peu de la gangue des appréhensions et de l’inconfort, pour devenir de sacrés bons moments. Chèrement gagnés, et donc uniques !
Côté suite :
Nous nous demandons s’il est vraiment à notre portée, et finalement intéressant pour un périple limité à trois ans, de réaliser ce rêve un peu mythique de traversée de l’Atlantique. Nos compagnons de Flores l’ont fait à deux, avec séjour aux Antilles et retour via les Açores. Ils n’en ont gardé qu’une envie : celle de retourner passer un été aux Açores, et particulièrement sur l’île de Flores ! Pour l’instant ils rêvent de découvrir la Turquie.
Leur programme nous tente, après un périple en Méditerranée, nous rentrerions en Bretagne dans 2 ou 3 ans via les Açores…
Nous remettons Charivari à flot en avril, puis cap à l’Est… Nous verrons comment la Méditerranée nous accueille. Toutes les options sont encore ouvertes !
mardi 4 novembre 2008
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