Nous sommes partis pour La Corogne ce dimanche vers 11h. Les 3 bretons de Kassumay émergeaient et se préparaient à faire de même, ainsi qu’un autre bateau français. 155 milles à parcourir : ce fut une belle route, jusqu’à ce lundi 16h où nous avons mis nos amarres dans la marina du « Yacht Club » au centre ville.
La mer était encore agitée au début par une grosse houle d’Ouest qui, prise de face, nous faisait sérieusement tanguer. Puis le vent est venu d’Est dans l’après midi, atteignant 20 nœuds. La mer s’est trouvée prise à contre. La contrariété passée elle a opté pour une vague courte d’Est qui, venant des trois-quarts arrière, nous roulait un peu. Pour ne pas avoir à faire le pitre sur le pont la nuit j’ai pris des dispositions de grand-père de famille : 2 ris, pas de voile d’avant, et Popeye en appui. Ça fait un bon cocktail pour assurer notre tranquillité, et je ne l’ai pas regretté, quand le bateau fonçait à 7 nœuds dans la nuit noire, roulant et tanguant de toutes ses tonnes (ce qui impressionne toujours Françou : on croirait faire du 100 à l’heure dans un tunnel sans phare). Thomas, Boris et Antoine sur leur petit Sangria nous ont dit avoir passé la nuit sous spi, avec des pointes à 10 nœuds … ils sont jeunes !
Nuit noire car Dame Lune, nous présentant sa moitié, n’a pris son quart qu’au premier tiers de la veille. Nous avons donc eu le reste du temps une couverture d’étoiles magnifique. Le mât de Charivari, pinceau noir terminé par deux antennes éclairées de rouge et de vert par les feux de route, décrivait de grandes arabesques dans le ciel, comme s’il voulait faire des retouches à cette toile parfaite. Nous longions à 10 milles une côte toute en dentelles lumineuses, imaginant les chahuts espagnols dans tous ces villages. A minuit j’ai distingué un feu d’artifice, et imaginé que quelqu’un avait voulu fêter ainsi notre anniversaire de mariage… Merci, cher anonyme ! Un empannage claquant sec - bien que parfaitement contrôlé -sera la seule manœuvre de la nuit…
Au petit matin, le beau temps se lève. Nous passons la pointe de Los Aguillones, puis remettons enfin un peu de Sud dans notre cap ! Juste avant l’aube, je distingue d’étranges feux clignotants rapides… d’abord un puis deux puis dix au moins, alignés perpendiculaires à la côte, à environ ½ mille les uns des autres. Par prudence je suis allé chercher le dernier, nous imposant un long détour, et à Françou ma mauvaise humeur devant ces milles inutiles qui contrariaient mon envie d’aller dormir. Au dernier, je constate que ce sont des grosses barques rudimentaires qui portent ces feux. Voulant contourner de prés la chose, je vois arriver un rapide petit croiseur trapu comme un dogue, qui s’approche, belliqueux, jusqu’à ce que je change de cap, puis repart à son poste veiller sur son troupeau de leurres. Je pense que les militaires espagnols préparaient une séance de tir au pigeon.
La journée se passe en approche lente, la mer est comme un lac immense et magnifique, et nous longeons une côte faite de rias, et de reliefs impressionnants plongeant dans une belle eau.
La Corogne n’a pas le charme de Gijon, mais c’est une ville animée, bruyante, à la beauté ravagée par de gros travaux urbains, et à la tranquillité définitivement bannie par le voisinage, sur l’autre rive, du port de commerce très très actif… Il faudra revenir dans 10 ans ! Nous nous y promenons quand même avec plaisir, les espagnols ont tellement de savoir faire en matière d’animation de rue ! Nous trouvons le petit resto de charme pour fêter nos 36 ans de vie commune. Comme me le faisait remarquer Françou ce matin, préparant le petit déjeuner et me demandant d’aller dehors (sous la pluie) ouvrir la bouteille de gaz et de rentrer le jerrican d’eau potable : 36 ans et encore le gaz sur le palier, pas d’eau courante, pas de grille pain ni de cafetière électrique… la misère !
Nous avons dépassé les mille milles au compteur, et nous considérons comme qualifiés pour poursuivre la route. La prochaine étape sera de franchir le Cap Finisterre dans les meilleures conditions, et nous préparons la descente de la côte portugaise, repérant tout ce qu’il y a à y découvrir.
Bise à, toutes et à tous !
mardi 9 septembre 2008
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1 commentaire:
En lisant ca, j'ai eu l'impression de faire une vrai nav de nuit. Merci pour ces beaux textes !
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